inutile prologue
Je suis chez moi ce soir comme un poisson-volant dans un bocal d'air liquide à sniffer de l'aspirine, assis à saisir des kilomètres de poésie pour l'éternité sans le moindre péage à l'horizon pour l'instant tout va bien je suis tranquille.
Soit vous n'aimez pas ma poésie soit, au contraire, vous allez me prouver que je suis un bon poète.
Moi, ma volonté exacte, c'est de la pâte à modeler, j'en fais ça que je veux. Un boudin, une boule, une galette surtout ce soir, je suis à plat.
Attendez un peu qu’elles remontent à la surface mes petites découvertes, mes petites bouées, mes petites bulles de paix... En voici une ! La moindre contrariété de m’anéantir, la moindre déception. Pourquoi je suis un être de déception. Pourquoi je m’efforce de plaire autant que possible à grands coups de pelle.
À mon âge d'Atlas, si je m'en débarrasse de votre Monde ! Dieu sait ! Je m'en vais le détruire à main nue, pas une miette subsistera ! Le jeter à bas le pulvériser, on va rire !... « tâche herculéonienne » tu parles ! bang big ! Du balai !
« Âme » ou « Esprit », bénévole lecteur, si votre ciel intérieur est gris, lisez ce qui suit, car, de même que le poète à l'origine est un créateur, de même le poète à la fin est un destructeur d'enfer ; car, par pitié, je n'épargnerai personne !
Première épître à Maître Alain Leliepvre du Mans
C'est le génie propre aux grandes peintures de faire couler inlassablement le robinet de notre regard, elles possèdent une sorte magnétique de pouvoir désaltérant. J'ai eu l'insigne privilège d'étancher largement ma soif en captivité, si j'ose dire : Vos oeuvres, cher Maître, sont aptes à supporter la pression d'un milliard d'yeux insatiables au millimètre carré. Si l'on pouvait convertir le pur plaisir esthétique en électricité, le moindre mouchoir de poche peint de votre main, pourvu qu'on l'exhibât, suffirait à éclairer Paris jusqu'à Los Angeles... Si l'on pouvait, avec vos peintures, couvrir tous les murs de toutes les villes d'Europe et de Navarre, chacun pourrait boire directement à la source irrésistible que je cause.
Deuxième épître à Maître Alain Leliepvre du Mans
« La peinture, écrit Léonard, est une poésie qui se voit » dit Andy Malraux, comme la musique est une poésie qui s'écoute sans doute. (J'ajoute que la Beauté ne se boit pas seulement à l'oeil et à l'oreille.) Ici, l'inexprimable qui nous transporte nous transforme en chair à pâmoison tant vos oeuvres grouillent, cher Maître, dans tous les sens d'émouvantes figures. C'est toute la peinture qui est votre destin – va à la peinture – votre dessin est en même temps, pardon, un dessein. Le destin de votre peinture est le destin de la peinture.
Je le sais autant que je le souhaite, car je suis prophète.
Troisième épître à Maître Alain Leliepvre du Mans
Sans parler des figures, Maître, de la science propice de vos draps – on dirait encore des corps –, n'importe lequel de tous ces malencontreux froissements fait sens, la moindre marque ou pliure accidentelle du support, chacune de ses micro-déchirures se trouve prise ou comprise dans le tracé même du dessin – le geste et le papier se confondent donc c'est voilà, il me semble, toute l'harmonie, divine – comme quoi vous obtenez du hasard tigré qu'il passe avec grâce par le chas étroit de votre aiguille.
Oh ! J'entends croasser, heureux présage, des corbeaux chinois sous les ailes de coton de vos colombes ! Dans le détail de vos oeuvres, haruspice bientôt, c'est l'Avenir que je devine !
ANARKITSCH IN THE W.C.
Une certaine frivolité monstre, royale, bouffonne, braillarde, franche, écorchée, arabesque, alambiscotée, abstraite même – Je la dépose entière ma peau (fine fragile allergique) de bravache sur la table – Une liberté pas seulement de ton élégiaque & grotesque extrême, que je cause, mais de langage, mais bon, toutes les inventations impossibles et inimaginables sont dans la Nature (aucune vanité ou presque) – En lutte pour la joie, en principe lorsque j'ai terrassé le dragon bleu-noir de l'Angoisse, j'affronte les démons gris souris du Stress (hum... je ne sais pourquoi soudain je pense aux deux skinheads qui sont passés dans ma rue hier soir, le premier a dit au second : « Ma parole, tu habites dans cette rue, tu pètes les plombs ! »), etc. – Le Nouveau Roman m'a tuer (là, c'est la littérature française qui s'exprime) ; « … j'ai mal géré mon enthousiasme au niveau des chèvres », concède la candidate ; « … et comme il n'y a plus ou moins de poissons dans la mer, le poulpe est à la mode », admet le jeune homme (journaliste)... – Vous vous demandez sans doute chaque soir comme tout le monde, je suppose, où va dormir le soleil ? – Il se couche dans ma rue, il plonge dans ma tasse de rhum.
Épître à « Fatty Flowers »
SOLIDARITUDE : personne s'en fout chacun dans son coin, selah ! – « Estime-toi heureux ! Estimez-vous heureux ! », qu'ils beuglaient soi-disant là-bas... à notre Eldorado à la dérive pour ne pas dire « de la Méduse » qu'ils pensaient. – Seulement Mademoiselle, une fois retournée, la chaussette de la jalousie ne crougnoute pas moins. Ouiais je suis né en France et nan, la chance n'a rien à voir là-dedans : PURE FICTION, la pure fiction est un péché – En ce moment je regarde (tous les soirs) « The Truman Capote Show » à la télévision : Ce qu'il ne sait pas ne peut pas lui faire de mal, a répondu bien justement hier soir Big Junebug à Truman, en parlant de son confesseur, et j'ai noté. – « Estime-toi heureux ! » ou quoi donc, petite donneuse ? Donneuse ni d'ovule ni d'organe ni de sang mais de belle et bonne leçon de morale par correspondance, méchante petite donneuse d'ordre exotique à la gomme, raconte-moi un petit peu de quelle espèce de solidarité suprahumaine tu parles, ma poulette ? Je ne suis plus du tout jamais autorisé à me plaindre de ma société ni à me battre contre elle, ni surtout à la comprotester sinon quoi ?... « Comparaison n'est pas raison » ne veut pas toujours rien dire, merde ! – Comme cela ne suffit donc plus qu'on vuide et qu'on finisse, et qu'on essuye et qu'on superpourlèche son assiette écoeurante jusqu'à l'os, à l'Ouest, il faut encore que notre merde aussi possède un léger goût moelleux de noisette ? peut-être ! – Chrême ! – C'est comme les pauvres de s'en prendre plein la tronche, le pape, ce parrain d'honneur de la mafia à bonnet d'âne cousu d'or, ce courtier d'assurances satanique sa mère qui prétend sortir de la cuisse de César A-T-IL FINOUI OU NON DE SE BRANLER ? Combien d'argent qu'il possède à la banque, lui ? Assez au juste pour sauver combien de fois l'humanité et le reste ? Dans ses coffres et dans ses caves ? – Il vaut mieux sans doute entendre « Estimez-vous heureux ! » que d'être sourd, mon avis ! Mademoiselle Candide, votre ignorance en diable est touchante ! En effet, l'injustice et la cruauté, la terreur, les milices, représailles, filatures, etc., la prison et le chômage, la misère, la corruption, la propagande, l'esclavage, la pollution, la cupidité, la haine, le dégoût et l'espoir, la violence, absolument tout ici est empoisonné moisi comme chez partout, comme chez vous ! Comme chez vous ! Paradisneyland que vous croyez ?! Mais vous rêvez ! Trop large ! Trop loin ! – Hélas, Mademoiselle Candide ! Fuyez, si possible, au lieu de rêver ! Mais laissez-moi résumer en une phrase ce que je veux vous dire :
Bienvenue en France !
Résignez-vous !
Les hortensias, regardez les hortensias ! Contemplez n'importe quoi pendant cinq minutes. Le lâcher prise par excellence, c'est le songe éveillé. Au lieu de souffrir de crainte de souffrir, vaut-il pas mieux lâcher la proie angoisse tout de suite pour n'importe quelle « ombre » de passage ? Foncer dans un mur de flammes bleues ou de flotte ? – Contemplez, je vous en prie, n'importe quoi pendant cinq minutes, la pièce où vous vous trouvez, abîmez-vous-y franchement jusqu'à éprouver le poids de votre regard précis sur chaque objet (« L'oeil, la balance » ai-je noté dans mon cahier).
Hier matin, des maçons-charpentiers ont oublié un robinet D'EAU POTABLE dans le jardin de mes voisins pendant au moins une heure et demie ça a coulé à fond pour rien. Le bruit exotique de cet invraisemblable gâchis de flotte, dans l'allée pavée d'ardoises, en plein milieu de l'été, c'était tellement rafraîchissant et apaisant que j'ai rien dit. Même pas bougé.
Les hortensias m'ont imité.
Voilà le célèbre critique littéraire Alain Finkielkraut dans de beaux draps
Quand il parlait littérature ou éducation, il ne disait pas que des conneries ; mais alors son point de vue sur l'art, sur la politique... je ne vous raconte pas ! (J'emploie l'imparfait à cause de sa présumée complicité intellectuelle dans les attentats en Norvège : je suppose qu'il sera jugé et condamné comme Céline, comme « pousse-au-crime » y a pas de raison.) Grand chiffonneur de paires de lunettes... J'aimais bien, par exemple, son émission sur France Culture. J'aimais bien ses passages ahuris, frustrés, à la télévision. Sa verve. Sa véhémence. Son esprit. Ses extases. – Tant pis pour lui s'il n'aimait pas les Freaks, le cosmopolitisme, l'art dégénéré, le métissage, les immigrés musulmans et les pauvres... « Tu as hurlé avec les loups contre John Galliano, maintenant chacun son tour, vlan, c'est bien fait », ce que je pense !
Épître au rascal
Bien sûr que je vais finir au Ministère de l'éducation nationale. Je vais même finir avec lui. Après moi on ne parlera plus que de Finistère de l'éducation nationale. Mais bon, faut déjà que je devienne IPR (inspecteur pour rire).
L'élan formidable du coyote, mon cher Pascal, fait courir l'animal à langue pendante longtemps après que le plancher a cédé sa place au plafond des vaches... Pardon pour le style, je me réveille... Le coyote qui court dans le vide, donc, c'est la poésie. Ou la tragédie en alexandrins. Ou le latin. François Ier lui-même jugea désuète la langue de Virgile. Grâce à Dieu et surtout à Voltaire, qui se prenait, le pauvre, pour Racine (quand c'était pas pour Ronsard), cela fait 250 ans qu'on ne compose plus de tragédies classiques en alexandrins. La poésie versifiée, ça fait 3000 ans qu'elle court, donc pas près de s'arrêter. Un bon siècle déjà, à mon avis, qu'elle confond lignes d'horizon et d'arrivée. Qu'elle choit.
La poésie versifiée vient de la chanson, elle est retournée à la chanson. C'est comme nous avec la poussière : Bonnefoy, Noël, Roubaud, Deguy, Grosjean, Meschonnic, c'est du latin pour les Chinois. D'ailleurs, le roman n'est pas mieux... Qu'est-ce qu'un roman, aujourd'hui, sinon un scénario honteux qui n'ose pas dire son nom ?
Épître au miroir de poche
« This is the first day of my last days » T.R.
Mon ami cyclope d'orgueil, shérif,
oublie pour commencer que tu penses ou bien fiasco,
c'est ta propre imagination que tu avales
de travers.
Fous-toi ensuite la sublime musique théorique au cul,
et toute.
Cherche plus haut,
perce un trouve dans le toit,
et brille.
Quand le Malheur vienvoudrait dicter sa loi,
tu les lui pètes toutes, les dents, très officiellement
avec ton étoile.
Quand le Malheur arrive,
c'est toi tu l'étrilles
ou pas le choix.
Le doute de soi est un cancer psychique
comme la foi.
Système Doute
La peur, par nature, est passive ;
or, passer n'est pas vivre ;
donc non nous n'avons pas peur
des points-virgules non plus
on les encule.
Contrairement, c'est moins nous de la pollution mortifère
qu'on a peur que vous
des conséquences cruciales qu'on pourrait en tirer.
Une catastrophe ne chassant pas l'autre, ça s'ajoute,
et je prie Dieu de croire à toute
la poésie qui est en mon pouvoir
que ça déborde.
Contrairement, encore, c'est
cent fois moins de nouvelles centrales jucléaires
(faute de petite frappe bah je vous la laisse)
que de vaisseaux spatiaux
spacieux
qu'on haaaaa mon avis besoin, et vite !!
3G
La figure de proue de l'humanité, c'est l'écolier ; l'empreinte originale du présent, sa face diabolescente étrange.
On le dirait parfaitement débarbouillé au jus d'époque concentré, son visage.
Et ses yeux disent : « Toutes les conditions seront bientôt réunies pour que rien ne change. »
Toutes les guerres ne sont peut-être pas perdues d'avance pour tout le monde, mais bon...
Dieu est « Super grand-père », un gros sympathique vieillard barbu chenu avec des lunettes rigolotes, qui aime beaucoup les enfants, de rouge et de blanc toujours vêtu, et tout. Et les êtres ne meurent pas, ils jouent à cache-cache. Même que quand on meurt quand même, on devient un ange espiègle, une sorte d'elfe avec des pouvoirs magiques, et que quand on pète en plein vol la nuit, ça fait des étoiles filantes pour les vivants qui s'ennuient.
La mauvaise foi est un pléonasme ; or je l'ai dit et répété sur tous les toits plus ou moins photovoltaïques de la planète, c'est pas joli joli de malhonnêtre. Donc les lâches préfèrent le douillet mensonge de la facilité au précipice abrupt de la vérité. Selon eux l'horreur absolue d'un monde sans queue ni tête est incompatible avec vivre. Ils récusent l'absurdité universelle méchante empêcheuse de danser en rond. Le chaos lui-même leur est une forme supérieure de bon ordre. Bref, ils entretiennent tendrement la flamme en carton de la superstition.
Nous avons essayé de le prendre au sérieux jusqu'ici leur sentimentalisme – peine perdue ! Essayons voir de le prendre un peu à la gorge pour changer !
Guerre défensive, représailles d'ivoire
C'est le miracle inutile de leur conscience qui éblouit les plus faibles d'entre nous jusqu'au trognon. Les prières détruisent électromagnétiquement les neurones, c'est prouvé. La foi est le cancer de la pensée. L'informe, chacun doit l'affronter à mains nues. Il n'y a pas de « pelage du jaguar » qui tienne. La pureté est un péché. Croire en Dieu est un péché mortel. Croire en Dieu est l'acte pur et impur par excellence, le plus grand gravissime crime contre l'esprit, la meilleure preuve d'imbécillité irréfutable. Pourquoi ne pas s'enterrer vivant dans un cercueil biodégradable, pendant qu'on y est ?
Rock'n Symbol
À chaque coup ou presque ça ressemblait à une heureuse surprise d'otages au-dessus des chères têtes de linottes les « balles » elles filaient – Bang ! Bang ! Bang ! pendant une heure, ça n'arrêtait. Comme si le prof de philo faisait cours avec un flingue pour pulvériser les moindres particules de laideur en suspension dans sa classe, sauf que c'est son cerveau illumineux en personne qui appuyait sur la gâchette sensible : « On fera bien bouillir l'espèce humaine dans son propre sang avant de commencer à discuter. Les commerçants, les premiers, seront questionnés jusqu'à ce qu'ils abjurent merci. On leur ôtera la manie de vendre. Et les bigots, pour l'exemple, seront ressuscités avant que d'être torturés à la mode de Caen. Je m'y engage. On n'écrira plus seulement des haïkus comminatoires sur les billets de 500 euros. On ne se contentera plus de brûler l'effigie d'Iphigénie par les deux bouts en attendant que repasse l'orage... On sonnera la charge royale ! On écrasera tout l'Infâme et le reste, mes chers élèves, je vous le garantis, on en fera du beau pâté de mauviettes ! » expliquait Socrate...
James Coburn ½
« Tout le monde pense que je suis un marin c'est marrant j'ai grandi près d'un circuit automobiles... Le bruit des bagnoles, pour moi, c'est comme le bruit des vagues... Les motos qui arrivent de loin elles échouent ou passent toujours brusquement une fois à ton niveau... Elles passent et repassent sans cesse... Enfant, hélas trop petit pour m'en désapercevoir, je croyais vivre au bord de la mer... »
Épître au « Petit Prince » des ténèbres
Cher fidolâtre lecteur, ange gna-gna, pseudo-imitateur ou pâle confrère, insecte blessé à mort, je crois que je commence à te bien connaître dans le genre saignant ma petite coccinelle.
Ta faiblesse herculéenne, je la respecte. Moi aussi tous les membres de ma famille royale sans exception ont péri (Saint-Exupéry exauça ma prière) en petits morceaux grillés à sec dans un accident d'avion lorsquand j'avais seize ans, dévorés par les méduses velues de l'Océan Pacifique comme de vulgaires beignets de cacahuètes. Dégustave Flaubert qu'on m'appelle.
Ramasse, un petit conseil avant de disparaître, tes plumes de toutes tes forces rassemble ce qu'il reste.
Je repense au “pourquoi ?” de l'autre fois...
Finalement ça me démange trop d’y répondre : Couillon mon ami, ça ne te regarde pas une seule seconde de me poser des questions. Et quant au “snob dédain” de mon “arrogant génie”, pendant que j’y suis - je ne parle pas du dédain lambda des lampistes, je parle du dédain officiel, infini des zéros pointus qui sont aux manettes : Le jour se rapproche où je marcherai sur vos petites têtes d'épingles à roulettes, à l’aise, c’est pourquoi donc je vous préviens, retournez votre veste à franges pendant qu’il en est encore temps.
Mon pirate des Caraïbes
Entre 45 et 55 ans, Erskine il se faisait appeler. C'était peut-être son véritable prénom après tout. Je mesurais deux têtes et demie de plus que lui, j'avais l'air à l'époque d'un junkie obèse en cavale, d'ailleurs je ne faisais pas qu'avoir l'air, je pesais au moins 95 kilos (lui, moins de 50), je portais barbe rousse, lunettes de mouche à merde, chemises boliviennes, épingles à nourrice et tout, je me souviens très bien, un boa d'autruche autour du cou, des bagues à tous les doigts, j'avais passé mes cheveux en brosse à l'eau de Javel, puis à l'eau à 90° parce que je m'étais planté, mais c'était lui le terrible. Inutile d'insister qu'il faisait très peur aux jeunes enfants, et pas seulement je ne parle pas des tatouages, des cicatrices, des dents en moins. Je parle de sa voix fêlée, de son larynx rouillé, de ses poumons pourris, de sa peau usée, de ses cheveux sales. De son rire très abîmé. Je parle de son regard, à la fois vitreux et perçant, d'illuminé des îles. Il avait des mains de tueur en série illimitée. Il sentait des pieds (jusqu'à la tête). – Erskine travaillait rarement, pas besoin. Il vivait en effet grassement du trafic de chips comme Crésus. C'était moi j'étais son principal client avant son départ beaucoup plus soudain que prévu (aller simple, 1è classe), il y a neuf ans, pour le Mexique. Je lui achetais des dizaines de paquets de chips toutes les semaines, tous les mois. Une fois, je lui ai même acheté des chips à la menthe. Les transactions, on ne pouvait pas mieux discret, avaient lieu chez lui. Erskine vivait seul dans un appartement minusculet, avec des chiens, des chats et d'autres animaux imaginaires. Un perroquet Coco fantôme sur l'épaule. Des piles d'assiettes dégueulasses dans tous les coins, ça faisait des super cendriers (Des petits buissons aztèques vénéneux occupaient les vrais cendriers). Il possédait autant de boîtes de pizzas vides et de magazines porno que moi de bouquins. Vautré face à la télévision géante, dans son informe canapé des années 1980, un verre de rhum Charrette à la main, il me faisait penser à Robinson Crusoé dans son hamac face à la mer. Je n'apercevais que le sommet encombré de son réfrigérateur (je ne pouvais qu'essayer de deviner ce qu'il branlait lorsqu'il s'activait derrière son bar de cuisine), mais je savais à coup sûr, quand il l'avait ouvert, que le moment était venu de se défenestrer à cause du parfum instantané de Camembert au lait cru irrespirable qui empoisonnait la pièce. (Le parc Bernard, vu du 10è étage, manquait cruellement d'arbres, triste comme tout ce qui est à moitié chauve avec une moustache.) Invariablement, après au bout de cinq à dix ou quinze minutes d'aimables salamalecs, Erskine me demandait : Combien ?
Pas difficile de deviner que l'ermite celait les précieux paquets de chips dans le faux-plafond (caisson en frisette, à mon avis) de sa chambre à coucher, une pièce inaccessible où il se retirait un bref instant avec ma réponse, en répétant à voix haute le chiffre de ma réponse. Je ne vois pas pourquoi d'ailleurs il aurait caché ailleurs ses liasses de billets de banque. – Mais non, je ne sais au nom de comment ni pourquoi une de ces putains diaboliques qui lui suçaient la bite à l'époque n'a pas pillé sa cachette de Polichinelle – car le loustic possédait en lingots d'or apparemment de quoi acheter une belle petite île tropicale, si j'en crois le recto, le verso, et surtout le timbre à son effigie de ses dernières cartes postales !
Mais où sont passées les clés de mon bulldozer ?
J'ai envoyé mes tapuscrits avec de l'anthrax à tous les "José Corti" de l'annuaire. J'ai pris six mois ici le petit-neveu Kévin Gallimard en otage. J'ai menacé toutes les maisons d'édition de Saint-Germain et prés à l'entour, je leur ai envoyé à chacune : des oeufs pourris, du poisson tous les vendredis, des lettres anonymes, des cercueils et d'autres petits cercueils encore pour leurs petits-enfants... J'ai tout essayé, personne n'en veut de ma camelote ! Personne ne tient à m'acheter ma poudre « 100% François Rabelais » ! Ma poésie au kilomètre ! Mais toi peut-être, toi mon pote, tu n'as qu'à m'en acheter cinquante ou cent, des povoimes, allez, je te fais un prix... 1000 euros et cent povoimes inédits rien que pour toi RIEN QUE POUR TOI !!... 950... 900... 850 putain dis qqchose... 800, c'est donné ! Va pour 800 ! Attends ! Je cherche mon adresse dans l'annuaire... Merde ! Zut et flûte ! "Jonas Gunzoni" merde c'est pas dans l'annuaire !
PAROLE DE PSYCHONAUTE
Une déception abyssale, mes chers compatrouillotes, je ne parle pas de l'époque mais bien de vous, mes soi-disant semblables !
Pantins crétins grands dégueulasses devant l'éternel ! Ignobilissimes petits trous du cul d'électeurs d'élite illettrée ! Sous-rats ! Gueux ! Fi ! Fi !
J'espère qu'une seule chose rose de l'avenir à vomir que ça vous pète au nez, de vous endormir la bouche pleine de votre ignorance, haine mesquine, mauvaise méchanceté, glouglou chauvin hyperstitieux, ouf ! d'en crever ! Adieu nains minusculets ! Etouffez-vous ! Entretuez-vous, par pitié !
C'est ma solitude titanesque qui vous parle ! Elle vous chasse !... L'entendez ? L'entendez pas ? Elle vous congédie ! Elle vous ordonne : DIS-PA-RAI-SSEZ !
En résumé : Chacun, maintenant, va gentiment retourner la tête la première dans le cul de sa mère... ou bien faut-il que je m'en charge ?
*
Rien de plus ignoble que la normalité dans un monde pareil la normalité c'est justement la laideur indélébile qui fait depuis trop longtemps trop de dégâts, une farce bavarde. Un crime stupide. La normalité est un monstre qui s'ignore. La normalité est un million de fois, cent millions de fois coupable. La preuve par l'Exemple fusillé, Monsieur R*** lui-même, je ne peux pas m'empêcher de repenser à ce confrère grotesque de l'année dernière, mi-roquet snob mi-perroquet à fausse perruque de coq – ou plutôt de chapon –, un champion inter-cantonal de mots croisés reconverti Professeur de français qui ne parlait qu'en périphrases mièvres mielleuses éculées. Sa foi pas seulement dans les lieux communs, à ce pâle tocard, était absolue, inébranlable autant qu'inénarrable. Merde ! et sa bêtise d'autant plus toxique que ce gros fat croyait sincèrement à l'énorme mensonge de sa probité, de son intelligence, de son professionnalisme, et tout ça... Bah je ne peux pas m'empêcher de le maudire, merci, cet imbécile qui me donne encore aujourd'hui envie d'écrire de tout démolir.
Diogène sulfurique (s kiss d'un dépaysan)
Pas la peine, j'ai pris l'initiative de naître – Tout va bien avec un grand sourire DIEU est sans doute un lapsus pour HOMME qui aurait pu être évité – La perfection !! (Deux bagnoles de flics dans le fossé. Bouteilles d'eau à vendre sur le trottoir.)
La perfection est de ce monde, c'est comme l'infini, ça me connaît, comme l'éternité. « Pas de ce monde » n'a pas de nom.
Ouiais !! Il se croit sans défauts celui qui n'a jamais rien à reprocher aux autres, et il a bien raison... (Clops et mini bouteilles d'eau à vendre à tous les coins de rue.)
Et elle ? Et elle, elle passe son temps à lire le dictionnaire et à répéter que tout va bien avec un grand sourire « en se cassant la gueule par terre dans les turbulences » !
Là, elle se filme en train de bouffer des tomates mortelles « dans les deux sens du terme » (à l'arrière-plan, un mariage orthodoxe bruyant). Chaque habitant peut cultiver chez soi jusqu'à 50 kilos de tomates de Crimée, et envoyer le surplus au pape s'il le souhaite. Le but de la vie : apprendre à vivre. C'est tout. « Ici on s'en bat les couilles de l'écologie, on jette ses papiers par terre. »
L'ombre de la bergeronnette aura séché avant le passage des premiers balayeurs.
Bof
La cathédrale a sonné aussi discrètement que possible deux fois deux notes, les mêmes petites notes, je ne sais plus lesquelles, pendant que je sirotais mon premier café noir brûlant à la fenêtre, c'était très chantant, très mélodieux, puis, ensuite, très vite, moins d'une minute plus tard, un seul coup sérieux : huit heures et demie. Flap-flap de trois quatre pigeons gris craintifs. Je suis allé dans la cuisine me chercher un paquet de chips. La journée ne pouvait commencer plus proprement, plus nettement. Café, chips & cigarettes. Le ciel était d'un bleu d'enfer. La rue était vide, pas un chat. Pas une bagnole. Pas un nuage. Pas même une bulle de savon. Quel calme ! Il ne pleuvait pas, ou alors une pluie d'or tellement finasse qu'invisible : la lumière du matin. Si on biaise, on peut des fois entrevoir qu'elle n'est constituée que de poussière blanchâtre en mouvement, la lumière, de cette poussière stellaire que les Chrétiens méprisent tant. Pour eux le mot « poussière » est ni plus ni moins synonyme de « néant », de « merde »... C'était, bref, l'une de ces journées royales pour faire le ménage. Je pensais un peu aux miettes de chips. Il ne pleuvait pas, cependant il avait plu au cours de la nuit. La température de l'air était fraîche. Nul vent. Contrairement aux trottoirs tout en bas déjà rasés de près, lisses, peignés, parfumés et cravatés, les toits de la ville semblaient en retard pas tout à fait secs, un peu endormis, mous, certains traînant encore en pyjamas à paillettes... Ce qui me ramenait inévitablement aux miettes de chips, et, par voie de conséquence, à l'aspirateur. Je bâillai. Je m'avisai qu'il était beaucoup trop tôt pour déclarencher une tempête ou la guerre.
Finalement, quand le téléphone a sonné, deux heures plus tard, vers dix heures vingt, j'ai émergé ou plutôt rémergé du canapé. Les voix, les bruits, surtout de moteurs et de portières, la rumeur de la ville, tout était revenu, tout était redevenu actif. J'ai eu peur. J'ai senti une piqûre dans le bas de mon dos, ou plutôt une morsure de dents de chips... Il y en avait vraiment partout ! J'étais en sueur ; mon crâne, je croyais qu'il allait exploser. Finalement la journée avait commencé sans moi, et elle n'était pas aussi charmante que prévu. Je suis retourné alors dans la cuisine me chercher un deuxième café dans un demi-verre à moutarde de rhum.