Jonas Gonzoni chantant et dansant en caleçon autour de la table de sa cuisine, un couteau de boucher dans une main, un briquet dans l'autre, débita 55 grammes de hasch. Puis il recouvrit d'aluminium une douzaine de morceaux, qu'il dissimula dans les caisses de ses guitares, le réservoir de sa chasse d'eau, enfin derrière certains livres inoubliables de sa bibliothèque ; avec les reliefs merdiques, sur la planche à découper, il composa trois beaux pétarillos sans perdre une miette. Il pensa à lécher la lame noircie avant de la ranger. Il alluma le plus gros.
Les Silversun Pickups jouaient haut et fort. Leur musique scintillante n'emplissait pas seulement l'appartement, dont toutes les fenêtres étaient ouvertes, mais le quartier, désert pour l'heure. Certaines notes d'orgue particulièrement longues devaient bien aller jusqu'à l'hôpital voisin, jusqu'à la gare voire. Si ça se trouve, elles continuaient même après leur voyage en train jusqu'à Barcelone... Qui sait ? Le plancher et les murs, centenaires, vibraient drôlement ; les miroirs et les cadres, mille et un, à cause du vrombissement, sursautant à chaque boum de grosse caisse, frémissaient d'éclater pour de bon ou de choir ; c'est comme les bouquets de fleurs sèches en haut des étagères blindées de bouquins, on aurait dit qu'elles allaient tomber en poussière d'un moment à l'autre.
À suivre...
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