Au pied de notre cathédrale hypergothique, chaque matin, il faut voir l'étonnance totale des touristes, des pèlerins et autres zombies de toutes les galaxies qui viennent y contempler pour la première fois le crâne du mage Nostradamus. À la queue leu leu déjà ils s'extasient de fouler la mélisse dans l'escalier à double volée, aussitôt descendus du car, ça les pâme le granit orange, l'onyx et la mélisse. Les gargouilles. Puis d'entendre les cloches. Le clop-clop des chevals sur le pavé médiéval. Sans compter les harmonies sépulcrales des orgues... Sur le parvis, ils ne la reniflent pas encore qu'ils s'excitent de remarquer la fumée magique sortir par tous les trous de nez du mur (cette fumée a l'aspect de la nuit, c'est comme des volutes de nuit qui n'en finiraient pas de s'échapper). Au moment où ils pénètrent à l'intérieur, un collier de fleurs des champs autour du cou, une grosse drôle de purée de poix artificielle les aveugle, puis les fait pleurer de rire bêtement. Ils avancent dans l'atmosphère sourde, sombre, traversée de rares éclairs à cause du calfeutrage approximatif des vitraux – rais bleus, jaunes, et qui vibrent ou ondoient selon le bon caprice des orgues... À pas de velus, les voilà qui approchent de l'autel. Ils commencent à distinguer la bigue rosace médiévale sous le coussin des anges. La bigue éclipse de rosace, je veux dire... Le soi-disant crâne de Nostradamus, une fois qu'ils l'aperçoivent, c'est trop tard, le ciel se dérobe sous leurs pieds. C'est le plus grand aplaventrissement humain que vous avez jamais vu ; ils s'endorment à l'endroit même où ils sont tombés. Bien souvent ils y restent allongés jusqu'au soir.
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