La caissière de Prisunic sa race, cette grosse dégueulasse, elle a éternué sur notre ticket de caisse. Résultat : on a une crève d'enfer. Elle peut pas nous saquer, je suis sûr qu'elle l'a fait exprès. On n'aurait pas dû le prendre son ticket de merde. Mais bon c'était encore un coup à se faire entuber, je suppose, encore un coup à tomber sur de la viande avariée au moment de cuisiner, ça arrive souvent. Justeureusement qu'on avait acheté du paracétamol pour le nouvel an. Bref. Après avoir détartré la cafetière, puis le lave-linge, Erzébeth a démonté l'évier de la cuisine. Moi j'ai fait la vaisselle dans la baignoire, comme au bon vieux temps. Résultat : il y a de la flotte partout dans la maison. Même notre lit est trempé. Et dehors il n'a pas cessé de pleuvoir. Le jardin, c'est une vraie bouse. Mais je repense à la caissière, que je vous la décrive un peu. Qu'on rigole. Ça fait onze ans que je me la coltine, cette garce. Je crois bien qu'au total j'ai plus causé avec elle qu'avec ma propre mère.
« La sottise est une mauvaise qualité ; mais de ne la pouvoir supporter, et s'en despiter et ronger, comme il m'advient, c'est une autre sorte de maladie qui ne doit guere à la sottise en importunité ; et est ce qu'à present je veux accuser du mien. » Mickey Mountain, Essays III, 8
jeudi 31 décembre 2009
dimanche 27 décembre 2009
Improvise ta vie, soigne ta langue et joue aussi fort que tu peux
« J'avais l'air d'un gros dur. Je m'étais battu à peu près deux fois dans ma vie et les deux fois j'avais dérouillé. Je suis pas un dur. Si vous voulez savoir, je suis un pacifiste. » L'attrape-coeurs, J.D. Salinger
Merde à la continuité, merde à la cohésion, merde à la précision, merde à la régularité, merde à l'équilibre, merde à la mesure. Et obéir, la discipline, tout ça, c'est à mourir debout je suis vraiment désolé. Merde merde merde. Et par contre j'applaudis « vive l'improvisation » tant qu'elle est savante, l'harmonie reste à prouver.
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Dans le genre ballon de baudruche d'une tonne, c'est la pesanteur qu'il faut crever.
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Et le romancier dit ce qu'il montre, et le poète montre ce qu'il dit. Et chacun son métier. Et si le romancier était un comédien, le poète serait un clown. Sans doute. Et le dramaturge, à la différence du poète... Par Aristote ! Je yoyote !
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À rebours de vivre, c'est pas toujours mourir – le poète plane au-dessus des lois et des imbéciles, ça lui fait pas le moindre motif pour chômer : de même que le vrai prophète vit et meurt à l'endroit où il est né, le vrai poète est un anarchiste qui vise, supervise l'abolition du travail par le free jazz.
mercredi 23 décembre 2009
Retour à la case poésie
Comme toi je suis né la rage au coeur pour écrire des poèmes bouleversants,
Comme toi je me demande bien ce que je fous au bord de cet invisible hameçon, à me tortiller comme un ver de terre.
Et pourquoi je saigne du nez au milieu de m'enfuir ? Et pourquoi ces baisers et ces gifles ? Et pourquoi ces roses, et pourquoi ces pantalons déchirés ?
(Et s'il est vrai que les adolescents connaissent les dégâts occasionnés par les ailes frétillantes d'un seul papillon à travers le monde, bah je les laisse imaginer un peu les conséquences de la balle qui traversa le crâne de Kurt Cobain, début avril 1994.)
Plus froide et puante que jamais, l'eau de la Wishkah a coulé sous les ponts, j'ai tenu ma promesse.
mardi 22 décembre 2009
Les tremblements de terre à venir vous m'en direz des nouvelles ! de la taille de ces failles !
Une époque trop vulgaire fait renaître le puritanisme, remède pire que le mal s'il en est. La tyrannie puritaine consiste à culpabiliser puis interdire toutes les habitudes « vicieuses », à en prescrire d'autres prétendument « saines », à surveiller et punir au nom de l'Hygiène, de la Santé et de la Sécurité... Je parle de l'Ordre moral vert selon lequel la « bonne » Nature se vengerait de la « mauvaise » Humanité ; je parle de cette pénitence écologique à laquelle tout le monde semble consentir. Je pense qu'il est temps de promulguer une loi de séparation des Sciences et de l'État.
lundi 21 décembre 2009
D'un "Arbeit macht frei" l'autre
Comment dit-on Arbeit macht frei en Espéranto ?... Hein, pour saisir toute l'ironie de cette devise, il faut rappeler qu'à l'origine, dans les années 1920, celle-ci rehaussait le fronton de certaines grandes usines allemandes. Je ne sais pourquoi la vogue en a passé ; ce slogan publicitaire, en cent ans, n'a pas pris une ride. Le collectionneur qui commandita son vol à Auschwitz avait-il senti ou compris à quel point la formule illustre notre ère de misère ? En Espéranto s'il vous plaît (qui est déjà le latin du futur, c'est-à-dire une langue universelle parlée par trois pelés, deux tondus), Arbeit macht frei devrait être annoncé ou accroché, selon moi, à l'entrée de notre galaxie. (Je verrais bien aussi des panneaux « La liberté par le travail » clignoter tout le long de la Voie Lactée.)
Céline & Ginette : deux suprêmes savants
Une Pythie ? Un nouveau Pline ? Céline voulut renifler la petite culotte de l'immoralité, en respirer directement les vapeurs sulfuriques, c'est pourquoi il s'aboucha au plus grand volcan éveillé d'Europe dans l'entre-deux-guerres : l'antisémitisme... bah ! comme dirait Ginette : « L'erreur intéresse le poète, puisque l'erreur seule enseigne la vérité. »
dimanche 20 décembre 2009
La rumeur de vivre
Mon alpha-et-oméga : je suis anarchiste – le deuil, c'est ma couleur de chevet Selah qu'on m'enterre dans un drapeau flambant noir donc merci... mais pas tout de suite, faut pas pousser ! Toute mon oeuvre d'écrivain se situant actuellement au niveau exact de la ligne d'horizon, dans des limbes féconds loin devant moi (ces « loimbes » si je ne les devine, du moins je les imagine), je n'ai pas le choix : je dois vivre assez ou plus vite pour y arriver ! Donc c'est hop ! c'est parti !... Je suis né pour vous plaire le 16 août 1977 près de Babylone-lès-Laval, où j'ai grandi, toujours vécu jusqu'ici, n'ayant jamais quitté l'école privée d'Alcatraz où je suis devenu professeur d'alphabet... pourquoi je vous écris cette lettre de mille pages, hein, je voudrais bien m'évader ! Non seulement mes maîtres sont devenus mes collègues, mais j'enseigne aux mioches de mes anciens camarades de classe !... Je suis une espèce d'arbre éloquent depuis trop longtemps coincé chez les sourds, un immense saule parleur au milieu de la cour. Parleur ou songeur. Une seule et unique fois j'ai réussi à m'extirper d'ici, j'avais seize ans, ma cavale a duré trois ans. Mais c'était autrefois ! Aujourd'hui je vise l'exploit de recommencer tout simplement en vous le racontant. Une coïncidence funèbre, une correspondance entre deux morts – deux femmes de près de soixante ans, deux professeures – et voilà je crois que cette seconde sonnerie c'est la bonne, l'heure exacte pour moi de changer de métier. Mais avant de vous montrer les plans de mon évasion, quelques précisions.
La première des deux femmes, Hélène L., quelques mois avant de mourir par surprise à l'hôpital, écrivit sur mon ultime bulletin trimestriel (j'avais 16 ans), les mots solennels suivants : « Vive la liberté ! » Et l'autre fois, je devais boire un verre en terrasse avec Monique G., la deuxième femme, une collègue... c'était le lendemain de son enterrement justement... bah elle est morte par surprise, elle aussi, des suites d'une opération chirurgicale « réussie ». Son fils évidemment, il a pile mon âge : son retour au pays fut précipité dans le vide, si on peut dire. Donc le lendemain midi, c'était un samedi, Monique n'est pas venue au rendez-vous – Dieu sait pourquoi ! – c'est son fils Robin qui s'est présenté. Il avait les mêmes habits chics qu'au cimetière, où j'avais fait sa connaissance ; il avait l'air sûr de lui, décontracté : « – Maman m'avait parlé de votre rendez-vous. J'y ai repensé par hasard, ce matin, je suis venu. Je m'appelle Robin.
Robin ? Moi c'est Jonas, un collègue de ta mère. Un ami, si on veut. J'étais là hier, tu te souviens ? Assieds-toi, je t'en prie... Par hasard, dis-tu ? quel hasard ! Pourquoi diable ta mère t'a-t-elle parlé de ce rendez-vous ? »
Il souriait, le ciel resplendissait, ça s'annonçait bien – je savais pas quoi mais ça s'annonçait bien – mais la rose jaune à sa boutonnière, elle tirait la gueule : pourquoi l'avait-il gardée ? Quand on est gamin, on pense que les adultes sont des êtres humains professionnels, on ne découvre qu'à mesure l'immense pantomime, que la comédie se fait plus dramatique que prévu : revers de médailles, rien sans rien et compagnie... Je me demandais à quoi il pensait. Moi il me faisait penser à sa mère. « – Et toi, Jonas, pourquoi diable es-tu venu ?
Elle peut encore arriver, il me semble ?
Tu as raison, tu as très bien fait de venir ; on va boire un verre ou deux en attendant maman... »
Je suspends ici le beau dialogue que nous eûmes à cette terrasse, Robin et moi, car il est l'heure de préparer la soupe.
*
« – Maman me parlait souvent de toi, La Gonzoni qu'elle t'appelait... »
Elle savait se défendre, ouiaisse... Je me souviens de ses mots la première fois qu'elle m'a parlé de toi au téléphone : « – C'est une espèce géniale d'hermaphrodite qui va enseigner le latin cette année, a-t-elle dit, un anarchiste universel, un certain La Gonzoni !... » Maman t'a tout de suite trouvé marrant, très charmant... Je connais ton histoire, tes vices, tes frasques, tes crimes, d'où tu viens, etc. : elle me rapportait absolument tout... L'histoire du tunnel sous la classe, tout... Je me demande pourquoi tu lui racontais tout ça ! »
J'eus l'intuition que sa présence était intéressée ou, du moins, informée. La serveuse apporta deux nouveaux pichets de bière, puis s'éloigna. Je remplis mon verre et allumai un pétarillos. Robin avait la voix de sa mère, le même regard bleu fêlé qu'elle. Derrière lui, arachnéenne, la cathédrale de Babylone-lès-Laval étirait ses immenses pattes gothiques au soleil couchant, enjambant des peupliers malades. Un vol de corneilles traversa la place. Penchant son verre à cause de la mousse, il eut l'air d'hésiter. Je fermai un instant les paupières et hochai la tête pour l'encourager. Il continua : « – Jusqu'à hier je ne savais pas si tu existais réellement, ou bien si tu étais le fruit de son imagination ou quoi. Mais quand je t'ai vu entrer dans l'église, j'ai tout de suite compris qu'elle n'avait rien inventé. J'ai tout de suite reconnu « La Gonzoni » !
Avalant bruyamment la fumée en même temps qu'une gorgée de bière de travers, je l'interrompis : " - Elle était douée, dis-donc (nuage de fumée)... ta mère (nouveau nuage de fumée)... pour causer... (anneau de fumée... raté !)
Recrachant la moitié de la fumée par les oreilles, l'autre par les narines, d'une drôle de voix de canard d'outre-tombe, je saisis l'occase à la racine des cheveux : « – À ton avis ?... Elle me payait ! »
jeudi 3 décembre 2009
L'écriture au marteau
mercredi 2 décembre 2009
Lire "Ginette" (c'est mon petit nom doux pour Jean Genet) m'occupe en ce moment je lis Pompes Funèbres...
Eh bien ? Son intégrisme anti-bourgeois froisse-t-il mon âme de petit professeur ? Sauf les descriptions, ce livre selon moi est aussi mal écrit que mal publié (sauf votre respect, aussi). C'est vrai sous les bras Ginette il pue un peu le XXè siècle, comme Rimbaud, ça sent un peu le manifeste des fesses jusqu'au cou, mais je trouve ça délicieux, apollinaérien, exquis par moments quand même. À voix haute je sonne l'alarme de l'art, je me surprends à rêver d'une nation de dandys : je réclame, à l'école primaire, qu'on étudie Pompes funèbres !