samedi 21 novembre 2009

Ne demandez pas ce que votre pays peut faire pour vous, mais demandez ce que vous pouvez faire pour votre pays...

Mais si vous accomplissez une action au bénéfice de la société, cette dernière, le plus souvent, n'en tient aucun compte (Comment récompense-t-elle la civilité et le civisme en général ? – En ne punissant point !) ; mais si, à l'inverse, vous agissez à son détriment, vous n'échappez presque jamais au châtiment. Cette dissymétrie morale a même tendance à s'accentuer : dans le même temps qu'on poursuit tous les moindres écarts de conduite, on décourage la probité. L'automobiliste régulier, le client honnête sont ennuyeux ; seul le citoyen qui passe au feu orange (ou vole une pomme) mérite de l'attention : tout l'empressement officiel est pour lui. Les trains à l'heure, c'est bien connu, n'intéressent personne. Voyez justement tous ces voyageurs-fantômes qui présentent leurs titres de transport au contrôleur : ils se font bousculer et même piétiner par la police ferroviaire... occupée à traquer LE resquilleur sur un million. Un tel mépris de la vertu engendre bientôt la haine, non point du vice, mais de la vertu elle-même... Chacun finit par penser : « Décidément, cette société ne me regarde pas ! »

vendredi 20 novembre 2009

Tu me copieras cent fois : « Je ne dois pas tuer mes professeurs. »

J'entends, je lis souvent en ce moment « les artistes ne sont pas au-dessus des lois » et d'autres conneries éléphantissimes sans pitié pour mon âme de porcelaine. (Si vous avez réfléchi à la question et que c'est justement ce que vous « pensez » – si vous faites partie des 99% à tuer, hein, ce qui m'étonnerait qu'à moitié – passez votre chemin, blattes ! chiens de Pavlov, oust ! ou je vous écrase !) Il faut tout raser de A à Z, je ne vous apprends rien, mais alors qu'est-ce qu'on attend ? À PARTIR DE MAINTENANT J'ÉCRIS COMME ÇA VIENT à à rebours de l'habituelle dentelle, donc, je ne me relis plus. Je ne me corrige plus. J'avance. Je roule, déroule... Et tant pis pour les maladresses ! Et tant pis pour les répétitions ! J'écrazibouille tout ce qui se trouve sur ma route. C'est marre. J'ai assez d'essence pour traverser l'univers... Et puis, je suis tellement bien installé dans mon bulldozer !

lundi 2 novembre 2009

D'un Merlin l'autre

« Trinch ! » vaut « Danse ! » – De même que chez Rabelais le mot de la fin invite à boire et faire la fête (c'est l'oracle dionysiaque de la Dive Bouteille), le gai délire de Céline finit dans l'ascension de bulles de Champagne :

« Je lui fais remarquer qu'à Byzance ils s'occupaient du sexe des anges au moment où déjà les Turcs secouaient les remparts... foutaient le feu aux bas quartiers, comme chez nous maintenant l'Algérie... nos Grands-Transitaires vont pas s'en occuper du sexe des anges !... ni de péril jaune ! manger qui les intéresse... toujours mieux !... et vins assortis... de ces cartes ! de ces menus ! ils sont ou sont pas les maîtres du peuple le plus gourmand du monde ? et le mieux imbibé ?... qu'ils viennent, qu'ils osent les Chinois, ils iront pas plus loin que Cognac ! il finira tout saoul heureux, dans les caves, le fameux péril jaune ! encore Cognac est bien loin... milliards par milliards ils auront déjà eu leur compte en passant par où vous savez... Reims... Épernay... de ces profondeurs pétillantes que plus rien existe... »

(derniers mots de Rigodon, 1er juillet 1961)


Or l'apocalypsme uburlesque (à commencer par le style éthylique ultime du maître) ne doit pas éclipser son hymne délicat à la plus pure, à la plus haute légèreté : « Reims... Épernay... de ces profondeurs pétillantes que plus rien existe... » ! Ainsi le rythme est le moyen, ainsi la danse est le but de l'âme : nous affranchir de notre vivant de la pesanteur, par la grâce effervescente de la musique !