lundi 2 novembre 2009

D'un Merlin l'autre

« Trinch ! » vaut « Danse ! » – De même que chez Rabelais le mot de la fin invite à boire et faire la fête (c'est l'oracle dionysiaque de la Dive Bouteille), le gai délire de Céline finit dans l'ascension de bulles de Champagne :

« Je lui fais remarquer qu'à Byzance ils s'occupaient du sexe des anges au moment où déjà les Turcs secouaient les remparts... foutaient le feu aux bas quartiers, comme chez nous maintenant l'Algérie... nos Grands-Transitaires vont pas s'en occuper du sexe des anges !... ni de péril jaune ! manger qui les intéresse... toujours mieux !... et vins assortis... de ces cartes ! de ces menus ! ils sont ou sont pas les maîtres du peuple le plus gourmand du monde ? et le mieux imbibé ?... qu'ils viennent, qu'ils osent les Chinois, ils iront pas plus loin que Cognac ! il finira tout saoul heureux, dans les caves, le fameux péril jaune ! encore Cognac est bien loin... milliards par milliards ils auront déjà eu leur compte en passant par où vous savez... Reims... Épernay... de ces profondeurs pétillantes que plus rien existe... »

(derniers mots de Rigodon, 1er juillet 1961)


Or l'apocalypsme uburlesque (à commencer par le style éthylique ultime du maître) ne doit pas éclipser son hymne délicat à la plus pure, à la plus haute légèreté : « Reims... Épernay... de ces profondeurs pétillantes que plus rien existe... » ! Ainsi le rythme est le moyen, ainsi la danse est le but de l'âme : nous affranchir de notre vivant de la pesanteur, par la grâce effervescente de la musique !

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