samedi 26 septembre 2009

L'âge d'homme : Michel Leiris parodié (remix)

Nous finissons toujours par être récompensés pour notre bonne volonté, notre patience, équité, mansuétude envers l'étrangeté en ceci que l'étrangeté retire lentement son voile et se présente sous la forme d'une nouvelle et indicible beauté : – c'est son remerciement pour notre hospitalité.

Le Gai Savoir, p. 269

Voici mon autoportrait qui clignote, voici l'incipit de L'âge d'homme, du mien : Je viens d'avoir trente-deux ans, la moitié de la vie. Au physique, je suis assez grand. J'ai des cheveux fins, rouges et longs, que je taille rarement. Je n'entretiens pas non plus le lierre plus épais de mes favoris gothiques. Autant que je puisse en juger, les traits caractéristiques de ma physionomie sont : une nuque de jeune fille délicate, tombant délicieusement comme du lait tiède, marque classique (si l'on en croit les astrologues) des personnes nées sous le signe de la Louve ; un front moyen, plutôt petit, aux rides encore jeunes. Cette étroitesse de front est en rapport (selon le dire des astrologues) avec le signe du Lion ; et en effet je suis né un 6 août, donc aux confins de ces deux signes : le Lion et la Louve. Mes yeux sont bleus, trop rapprochés, avec le bord des paupières habituellement enflammé ; mon teint est pâle ; j'ai honte d'une fâcheuse tendance despotique aux rougeurs. Ma bouche est deux fois trop large, exubérante. Mes mains sont celles d'un adolescent, assez ridicules, avec des ongles minuscules ; mes deux majeurs, incurvés vers le bout, doivent dénoter quelque chose d'assez faible ou d'assez fuyant dans mon caractère.

Ma tête d'homme-femme va bien sur mon corps ; j'ai les jambes un peu longues par rapport à mon torse, les épaules trop étroites relativement aux hanches. Je marche comme une autruche ; j'ai tendance, lorsque je suis assis, à m'endormir ; ma poitrine n'est pas très large et je n'ai guère de muscles. J'aime à me vêtir avec le maximum de négligence ; je me juge naturellement gracieux, très élégant. Je ne rate pas un miroir, je me trouve à chaque fois d'une très grande beauté.


jeudi 10 septembre 2009

De passage

J'ai recueilli, ce matin, un papillon rare entre le marteau-piqueur et l'enclume – à un million de kilomètres des arbres, des fleurs sauvages. L'extravagant virevoltait entre béton et bitume. Je me suis demandé si c'était une promesse de bonheur ou bien un détail de notre naufrage.

C'était un papillon de passage.

lundi 7 septembre 2009

Au téléphone

La semaine dernière c'est ta voix qui était inquiétante, et maintenant que j'appelle tous nos amis, c'est ma voix, c'est moi qui les inquiète. Et donc ta voix était celle d'une mourante. Et donc la mienne dit : Elle est morte.

7 septembre 2009

samedi 5 septembre 2009

De renaître la Nature s'est arrêtée

Mes tatoués ? Mes élèves ? Tous ces gamins ont besoin d'affection, d'une attention bienveillante particulière – ils ont besoin qu'on les rassure – ils n'ont absolument pas besoin de cette sorte de pénitencier des jeunes années qu'on nomme « collège », donc, c'est plutôt le contraire. La discipline, les disciplines, la ponctualité, le stress, le spleen. Dring horaires dingues. Ongles, crayons rongés, ils se font un sang d'encre, c'est glaçant, vraiment déprimant. Quinze à vingt-cinq années derrière les barreaux dorés du zoo ça fait 33% de la vie en prison pour bien commencer... L'école ! Comment peut-on tolérer un tel atroce goulag de gosses ? Un tel crime ? Sans compter que la culture adolescente est préconçue & fabriquée – produite – entièrement diffusée par des adultes stu- & cupides, préparée par des sales cons dégueulasses : ce sont les adultes qui pavent l'enfer savant de l'enfance (sous les pavés, les bonnes intentions), les adultes, encore, qui flétrissent, saccagent, ruinent, piétinent le jeune gazon qui ne demandait qu'un peu de sel, de soleil, de place et de pluie pour croître avec bonheur jusqu'au ciel. Il faut donc, selon moi, raser immédiatement toutes les écoles, tous les collèges, tous les lycées. Je propose qu'on relâche tout le monde tout de suite sans discuter.