Pardon si je tousse, je pète... Ils disent qu'ils agissent pour sauver la planète, mais c'est faux, puisqu'ils agissent pour le compte de l'humanité. Ils précisent : pour les générations futures. Si ils sont désintéressés, tu parles ! Ils parlent de leurs enfants, des enfants de leurs enfants comme d'un nouvel arrière-monde ! Ils pensent moins descendance que transcendance, tu vois, ils ont la frousse, ils parlent peu ou prout comme des prêtres, ils mentent. – « Si les fantômes du passé n'ont plus la cote, invoquons les mânes des êtres à venir ! » – C'est la culpabilité, en vérité, c'est la crainte qui les pousse à empoisonner notre vie présente. Ces anxiogènes ils prétendent sauver le Monde, mais tout le monde sait très bien évidemment que le Monde survivra à l'Homme. Nous ne devons point travailler pour l'éternité, en effet, mais pour les êtres vivants en attendant l'éternité. Il nous reste, à tout casser, un million d'années. Je les vois venir ces super flics verts, je les suspecte fort, ces super sauveteurs de l'univers, ces zélés miliciens du paradis pas perdu pour tout le monde – de vouloir nous gâcher à mort la fête... Merde ! La vie, c'est des vacances ! Tant pis pour vous si vous pensez le contraire !
On doit non seulement renoncer à l'optimisme candide, mais encor au pessimisme immaculé – ce sont les deux faces fatales d'une même médaille ; or cette médaille, selon les Anciens, revient à Charon – quel riche bonhomme ! Or cette médaille ne nous appartient donc pas. N'espérer ni ne craindre, dit le vrai sage.
On doit secouer le joug de la crainte, pas seulement celui de la culpabilité : il n'y a pas plus de péché originel que de péché final, pas plus de Chute que de Jugement dernier. Le châtiment de l'Apocalypse attendrait l'humanité au fin bout mal éclairé du tunnel ?... mais c'est justement parce que nous pensons avoir perdu au début l'Éden !
De l'intoxiété que je cause. L'aveugle persuadé d'avoir le soleil dans le dos s'inquiète bientôt de la naissance d'une ombre devant lui : il imagine la croissance de sa propre silhouette lugubre ; il croit qu'elle s'étend, qu'elle s'étale, qu'il va tomber dedans ; il croit que ce fantôme négatif de lui-même lui tend les bras, qu'il va le rejoindre pour l'embrasser, il envisage le pire, il a froid déjà. Or, qu'est-ce que ce regretté « soleil » dans le rétroviseur de l'humanité ? De quel doux lumineux paradis terrestre nous souvenons-nous exactement ? De quel parfum ? Du temps coton où nous étions tous des proies affamées, malades, percluses, superstitieuses ?... Heureusement, la science progresse ! Nous pouvons établir désormais avec plus ou moins de précision que l'Âge d'or des poètes correspond à l'Âge de bronze des archéologues. Si la Guerre de Troie eut effectivement lieu au XIIIè siècle, alors Janus, le dieu du commencement, et son ami Saturne – tous deux trisaïeuls de Lavinia, épouse d'Énée – vivaient dans le Latium au XIVè siècle avant notre ère.
Les dreadlocks de Saturne traînassent dans la poussière, dans la boue, puis dans la rivière jaunasse, puis quand il a bien fini de se baigner, vrai roi lézard à plat ventre sur une gigantesque pierre, bras, jambes et vingt-et-un doigts en étoile, araignée visible du ciel, l'homme-dieu demande à son domestique d'essorer l'éventail de sa chevelure. Puis, quand il a bien fini de se sécher les cornes, tout son laurier, et dormi assez, Saturne repart ; et son disciple le suit. Sans jamais cesser de parler ni de marcher, Saturne fume – il fume toute la journée ; c'est, d'ailleurs, cet anneau de fumée au-dessur sa tête d'ange déchu qui est à l'origine de l'auréole.
Le mythe de l'âge d'or, comme son nom l'indique, est un mythe. Une direction, ici, la même pour tout le monde : celle du déclin. Car, si elle tourne le dos au jardin du bonheur et qu'elle s'en éloigne, où peut bien aller l'humanité ? À la dérive en attendant sa fin cruelle, à part le malheur, que voulez-vous qu'elle connaisse ?
Mais nous ne voulons pas (mais nous ne voulons plus) du bonheur pour tous, nous exigeons maintenant le bonheur pour chacun.
On doit non seulement renoncer à l'optimisme candide, mais encor au pessimisme immaculé – ce sont les deux faces fatales d'une même médaille ; or cette médaille, selon les Anciens, revient à Charon – quel riche bonhomme ! Or cette médaille ne nous appartient donc pas. N'espérer ni ne craindre, dit le vrai sage.
On doit secouer le joug de la crainte, pas seulement celui de la culpabilité : il n'y a pas plus de péché originel que de péché final, pas plus de Chute que de Jugement dernier. Le châtiment de l'Apocalypse attendrait l'humanité au fin bout mal éclairé du tunnel ?... mais c'est justement parce que nous pensons avoir perdu au début l'Éden !
De l'intoxiété que je cause. L'aveugle persuadé d'avoir le soleil dans le dos s'inquiète bientôt de la naissance d'une ombre devant lui : il imagine la croissance de sa propre silhouette lugubre ; il croit qu'elle s'étend, qu'elle s'étale, qu'il va tomber dedans ; il croit que ce fantôme négatif de lui-même lui tend les bras, qu'il va le rejoindre pour l'embrasser, il envisage le pire, il a froid déjà. Or, qu'est-ce que ce regretté « soleil » dans le rétroviseur de l'humanité ? De quel doux lumineux paradis terrestre nous souvenons-nous exactement ? De quel parfum ? Du temps coton où nous étions tous des proies affamées, malades, percluses, superstitieuses ?... Heureusement, la science progresse ! Nous pouvons établir désormais avec plus ou moins de précision que l'Âge d'or des poètes correspond à l'Âge de bronze des archéologues. Si la Guerre de Troie eut effectivement lieu au XIIIè siècle, alors Janus, le dieu du commencement, et son ami Saturne – tous deux trisaïeuls de Lavinia, épouse d'Énée – vivaient dans le Latium au XIVè siècle avant notre ère.
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Un sâdhu dans le Latium
Un sâdhu dans le Latium
Les dreadlocks de Saturne traînassent dans la poussière, dans la boue, puis dans la rivière jaunasse, puis quand il a bien fini de se baigner, vrai roi lézard à plat ventre sur une gigantesque pierre, bras, jambes et vingt-et-un doigts en étoile, araignée visible du ciel, l'homme-dieu demande à son domestique d'essorer l'éventail de sa chevelure. Puis, quand il a bien fini de se sécher les cornes, tout son laurier, et dormi assez, Saturne repart ; et son disciple le suit. Sans jamais cesser de parler ni de marcher, Saturne fume – il fume toute la journée ; c'est, d'ailleurs, cet anneau de fumée au-dessur sa tête d'ange déchu qui est à l'origine de l'auréole.
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Le mythe de l'âge d'or, comme son nom l'indique, est un mythe. Une direction, ici, la même pour tout le monde : celle du déclin. Car, si elle tourne le dos au jardin du bonheur et qu'elle s'en éloigne, où peut bien aller l'humanité ? À la dérive en attendant sa fin cruelle, à part le malheur, que voulez-vous qu'elle connaisse ?
Mais nous ne voulons pas (mais nous ne voulons plus) du bonheur pour tous, nous exigeons maintenant le bonheur pour chacun.
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