La caissière de Prisunic sa race, cette grosse dégueulasse, elle a éternué sur notre ticket de caisse. Résultat : on a une crève d'enfer. Elle peut pas nous saquer, je suis sûr qu'elle l'a fait exprès. On n'aurait pas dû le prendre son ticket de merde. Mais bon c'était encore un coup à se faire entuber, je suppose, encore un coup à tomber sur de la viande avariée au moment de cuisiner, ça arrive souvent. Justeureusement qu'on avait acheté du paracétamol pour le nouvel an. Bref. Après avoir détartré la cafetière, puis le lave-linge, Erzébeth a démonté l'évier de la cuisine. Moi j'ai fait la vaisselle dans la baignoire, comme au bon vieux temps. Résultat : il y a de la flotte partout dans la maison. Même notre lit est trempé. Et dehors il n'a pas cessé de pleuvoir. Le jardin, c'est une vraie bouse. Mais je repense à la caissière, que je vous la décrive un peu. Qu'on rigole. Ça fait onze ans que je me la coltine, cette garce. Je crois bien qu'au total j'ai plus causé avec elle qu'avec ma propre mère.
« La sottise est une mauvaise qualité ; mais de ne la pouvoir supporter, et s'en despiter et ronger, comme il m'advient, c'est une autre sorte de maladie qui ne doit guere à la sottise en importunité ; et est ce qu'à present je veux accuser du mien. » Mickey Mountain, Essays III, 8
jeudi 31 décembre 2009
dimanche 27 décembre 2009
Improvise ta vie, soigne ta langue et joue aussi fort que tu peux
« J'avais l'air d'un gros dur. Je m'étais battu à peu près deux fois dans ma vie et les deux fois j'avais dérouillé. Je suis pas un dur. Si vous voulez savoir, je suis un pacifiste. » L'attrape-coeurs, J.D. Salinger
Merde à la continuité, merde à la cohésion, merde à la précision, merde à la régularité, merde à l'équilibre, merde à la mesure. Et obéir, la discipline, tout ça, c'est à mourir debout je suis vraiment désolé. Merde merde merde. Et par contre j'applaudis « vive l'improvisation » tant qu'elle est savante, l'harmonie reste à prouver.
*
Dans le genre ballon de baudruche d'une tonne, c'est la pesanteur qu'il faut crever.
*
Et le romancier dit ce qu'il montre, et le poète montre ce qu'il dit. Et chacun son métier. Et si le romancier était un comédien, le poète serait un clown. Sans doute. Et le dramaturge, à la différence du poète... Par Aristote ! Je yoyote !
*
À rebours de vivre, c'est pas toujours mourir – le poète plane au-dessus des lois et des imbéciles, ça lui fait pas le moindre motif pour chômer : de même que le vrai prophète vit et meurt à l'endroit où il est né, le vrai poète est un anarchiste qui vise, supervise l'abolition du travail par le free jazz.
mercredi 23 décembre 2009
Retour à la case poésie
Comme toi je suis né la rage au coeur pour écrire des poèmes bouleversants,
Comme toi je me demande bien ce que je fous au bord de cet invisible hameçon, à me tortiller comme un ver de terre.
Et pourquoi je saigne du nez au milieu de m'enfuir ? Et pourquoi ces baisers et ces gifles ? Et pourquoi ces roses, et pourquoi ces pantalons déchirés ?
(Et s'il est vrai que les adolescents connaissent les dégâts occasionnés par les ailes frétillantes d'un seul papillon à travers le monde, bah je les laisse imaginer un peu les conséquences de la balle qui traversa le crâne de Kurt Cobain, début avril 1994.)
Plus froide et puante que jamais, l'eau de la Wishkah a coulé sous les ponts, j'ai tenu ma promesse.
mardi 22 décembre 2009
Les tremblements de terre à venir vous m'en direz des nouvelles ! de la taille de ces failles !
Une époque trop vulgaire fait renaître le puritanisme, remède pire que le mal s'il en est. La tyrannie puritaine consiste à culpabiliser puis interdire toutes les habitudes « vicieuses », à en prescrire d'autres prétendument « saines », à surveiller et punir au nom de l'Hygiène, de la Santé et de la Sécurité... Je parle de l'Ordre moral vert selon lequel la « bonne » Nature se vengerait de la « mauvaise » Humanité ; je parle de cette pénitence écologique à laquelle tout le monde semble consentir. Je pense qu'il est temps de promulguer une loi de séparation des Sciences et de l'État.
lundi 21 décembre 2009
D'un "Arbeit macht frei" l'autre
Comment dit-on Arbeit macht frei en Espéranto ?... Hein, pour saisir toute l'ironie de cette devise, il faut rappeler qu'à l'origine, dans les années 1920, celle-ci rehaussait le fronton de certaines grandes usines allemandes. Je ne sais pourquoi la vogue en a passé ; ce slogan publicitaire, en cent ans, n'a pas pris une ride. Le collectionneur qui commandita son vol à Auschwitz avait-il senti ou compris à quel point la formule illustre notre ère de misère ? En Espéranto s'il vous plaît (qui est déjà le latin du futur, c'est-à-dire une langue universelle parlée par trois pelés, deux tondus), Arbeit macht frei devrait être annoncé ou accroché, selon moi, à l'entrée de notre galaxie. (Je verrais bien aussi des panneaux « La liberté par le travail » clignoter tout le long de la Voie Lactée.)
Céline & Ginette : deux suprêmes savants
Une Pythie ? Un nouveau Pline ? Céline voulut renifler la petite culotte de l'immoralité, en respirer directement les vapeurs sulfuriques, c'est pourquoi il s'aboucha au plus grand volcan éveillé d'Europe dans l'entre-deux-guerres : l'antisémitisme... bah ! comme dirait Ginette : « L'erreur intéresse le poète, puisque l'erreur seule enseigne la vérité. »
dimanche 20 décembre 2009
La rumeur de vivre
Mon alpha-et-oméga : je suis anarchiste – le deuil, c'est ma couleur de chevet Selah qu'on m'enterre dans un drapeau flambant noir donc merci... mais pas tout de suite, faut pas pousser ! Toute mon oeuvre d'écrivain se situant actuellement au niveau exact de la ligne d'horizon, dans des limbes féconds loin devant moi (ces « loimbes » si je ne les devine, du moins je les imagine), je n'ai pas le choix : je dois vivre assez ou plus vite pour y arriver ! Donc c'est hop ! c'est parti !... Je suis né pour vous plaire le 16 août 1977 près de Babylone-lès-Laval, où j'ai grandi, toujours vécu jusqu'ici, n'ayant jamais quitté l'école privée d'Alcatraz où je suis devenu professeur d'alphabet... pourquoi je vous écris cette lettre de mille pages, hein, je voudrais bien m'évader ! Non seulement mes maîtres sont devenus mes collègues, mais j'enseigne aux mioches de mes anciens camarades de classe !... Je suis une espèce d'arbre éloquent depuis trop longtemps coincé chez les sourds, un immense saule parleur au milieu de la cour. Parleur ou songeur. Une seule et unique fois j'ai réussi à m'extirper d'ici, j'avais seize ans, ma cavale a duré trois ans. Mais c'était autrefois ! Aujourd'hui je vise l'exploit de recommencer tout simplement en vous le racontant. Une coïncidence funèbre, une correspondance entre deux morts – deux femmes de près de soixante ans, deux professeures – et voilà je crois que cette seconde sonnerie c'est la bonne, l'heure exacte pour moi de changer de métier. Mais avant de vous montrer les plans de mon évasion, quelques précisions.
La première des deux femmes, Hélène L., quelques mois avant de mourir par surprise à l'hôpital, écrivit sur mon ultime bulletin trimestriel (j'avais 16 ans), les mots solennels suivants : « Vive la liberté ! » Et l'autre fois, je devais boire un verre en terrasse avec Monique G., la deuxième femme, une collègue... c'était le lendemain de son enterrement justement... bah elle est morte par surprise, elle aussi, des suites d'une opération chirurgicale « réussie ». Son fils évidemment, il a pile mon âge : son retour au pays fut précipité dans le vide, si on peut dire. Donc le lendemain midi, c'était un samedi, Monique n'est pas venue au rendez-vous – Dieu sait pourquoi ! – c'est son fils Robin qui s'est présenté. Il avait les mêmes habits chics qu'au cimetière, où j'avais fait sa connaissance ; il avait l'air sûr de lui, décontracté : « – Maman m'avait parlé de votre rendez-vous. J'y ai repensé par hasard, ce matin, je suis venu. Je m'appelle Robin.
Robin ? Moi c'est Jonas, un collègue de ta mère. Un ami, si on veut. J'étais là hier, tu te souviens ? Assieds-toi, je t'en prie... Par hasard, dis-tu ? quel hasard ! Pourquoi diable ta mère t'a-t-elle parlé de ce rendez-vous ? »
Il souriait, le ciel resplendissait, ça s'annonçait bien – je savais pas quoi mais ça s'annonçait bien – mais la rose jaune à sa boutonnière, elle tirait la gueule : pourquoi l'avait-il gardée ? Quand on est gamin, on pense que les adultes sont des êtres humains professionnels, on ne découvre qu'à mesure l'immense pantomime, que la comédie se fait plus dramatique que prévu : revers de médailles, rien sans rien et compagnie... Je me demandais à quoi il pensait. Moi il me faisait penser à sa mère. « – Et toi, Jonas, pourquoi diable es-tu venu ?
Elle peut encore arriver, il me semble ?
Tu as raison, tu as très bien fait de venir ; on va boire un verre ou deux en attendant maman... »
Je suspends ici le beau dialogue que nous eûmes à cette terrasse, Robin et moi, car il est l'heure de préparer la soupe.
*
« – Maman me parlait souvent de toi, La Gonzoni qu'elle t'appelait... »
Elle savait se défendre, ouiaisse... Je me souviens de ses mots la première fois qu'elle m'a parlé de toi au téléphone : « – C'est une espèce géniale d'hermaphrodite qui va enseigner le latin cette année, a-t-elle dit, un anarchiste universel, un certain La Gonzoni !... » Maman t'a tout de suite trouvé marrant, très charmant... Je connais ton histoire, tes vices, tes frasques, tes crimes, d'où tu viens, etc. : elle me rapportait absolument tout... L'histoire du tunnel sous la classe, tout... Je me demande pourquoi tu lui racontais tout ça ! »
J'eus l'intuition que sa présence était intéressée ou, du moins, informée. La serveuse apporta deux nouveaux pichets de bière, puis s'éloigna. Je remplis mon verre et allumai un pétarillos. Robin avait la voix de sa mère, le même regard bleu fêlé qu'elle. Derrière lui, arachnéenne, la cathédrale de Babylone-lès-Laval étirait ses immenses pattes gothiques au soleil couchant, enjambant des peupliers malades. Un vol de corneilles traversa la place. Penchant son verre à cause de la mousse, il eut l'air d'hésiter. Je fermai un instant les paupières et hochai la tête pour l'encourager. Il continua : « – Jusqu'à hier je ne savais pas si tu existais réellement, ou bien si tu étais le fruit de son imagination ou quoi. Mais quand je t'ai vu entrer dans l'église, j'ai tout de suite compris qu'elle n'avait rien inventé. J'ai tout de suite reconnu « La Gonzoni » !
Avalant bruyamment la fumée en même temps qu'une gorgée de bière de travers, je l'interrompis : " - Elle était douée, dis-donc (nuage de fumée)... ta mère (nouveau nuage de fumée)... pour causer... (anneau de fumée... raté !)
Recrachant la moitié de la fumée par les oreilles, l'autre par les narines, d'une drôle de voix de canard d'outre-tombe, je saisis l'occase à la racine des cheveux : « – À ton avis ?... Elle me payait ! »
jeudi 3 décembre 2009
L'écriture au marteau
mercredi 2 décembre 2009
Lire "Ginette" (c'est mon petit nom doux pour Jean Genet) m'occupe en ce moment je lis Pompes Funèbres...
Eh bien ? Son intégrisme anti-bourgeois froisse-t-il mon âme de petit professeur ? Sauf les descriptions, ce livre selon moi est aussi mal écrit que mal publié (sauf votre respect, aussi). C'est vrai sous les bras Ginette il pue un peu le XXè siècle, comme Rimbaud, ça sent un peu le manifeste des fesses jusqu'au cou, mais je trouve ça délicieux, apollinaérien, exquis par moments quand même. À voix haute je sonne l'alarme de l'art, je me surprends à rêver d'une nation de dandys : je réclame, à l'école primaire, qu'on étudie Pompes funèbres !
samedi 21 novembre 2009
Ne demandez pas ce que votre pays peut faire pour vous, mais demandez ce que vous pouvez faire pour votre pays...
Mais si vous accomplissez une action au bénéfice de la société, cette dernière, le plus souvent, n'en tient aucun compte (Comment récompense-t-elle la civilité et le civisme en général ? – En ne punissant point !) ; mais si, à l'inverse, vous agissez à son détriment, vous n'échappez presque jamais au châtiment. Cette dissymétrie morale a même tendance à s'accentuer : dans le même temps qu'on poursuit tous les moindres écarts de conduite, on décourage la probité. L'automobiliste régulier, le client honnête sont ennuyeux ; seul le citoyen qui passe au feu orange (ou vole une pomme) mérite de l'attention : tout l'empressement officiel est pour lui. Les trains à l'heure, c'est bien connu, n'intéressent personne. Voyez justement tous ces voyageurs-fantômes qui présentent leurs titres de transport au contrôleur : ils se font bousculer et même piétiner par la police ferroviaire... occupée à traquer LE resquilleur sur un million. Un tel mépris de la vertu engendre bientôt la haine, non point du vice, mais de la vertu elle-même... Chacun finit par penser : « Décidément, cette société ne me regarde pas ! »
vendredi 20 novembre 2009
Tu me copieras cent fois : « Je ne dois pas tuer mes professeurs. »
J'entends, je lis souvent en ce moment « les artistes ne sont pas au-dessus des lois » et d'autres conneries éléphantissimes sans pitié pour mon âme de porcelaine. (Si vous avez réfléchi à la question et que c'est justement ce que vous « pensez » – si vous faites partie des 99% à tuer, hein, ce qui m'étonnerait qu'à moitié – passez votre chemin, blattes ! chiens de Pavlov, oust ! ou je vous écrase !) Il faut tout raser de A à Z, je ne vous apprends rien, mais alors qu'est-ce qu'on attend ? À PARTIR DE MAINTENANT J'ÉCRIS COMME ÇA VIENT à à rebours de l'habituelle dentelle, donc, je ne me relis plus. Je ne me corrige plus. J'avance. Je roule, déroule... Et tant pis pour les maladresses ! Et tant pis pour les répétitions ! J'écrazibouille tout ce qui se trouve sur ma route. C'est marre. J'ai assez d'essence pour traverser l'univers... Et puis, je suis tellement bien installé dans mon bulldozer !
lundi 2 novembre 2009
D'un Merlin l'autre
« Trinch ! » vaut « Danse ! » – De même que chez Rabelais le mot de la fin invite à boire et faire la fête (c'est l'oracle dionysiaque de la Dive Bouteille), le gai délire de Céline finit dans l'ascension de bulles de Champagne :
« Je lui fais remarquer qu'à Byzance ils s'occupaient du sexe des anges au moment où déjà les Turcs secouaient les remparts... foutaient le feu aux bas quartiers, comme chez nous maintenant l'Algérie... nos Grands-Transitaires vont pas s'en occuper du sexe des anges !... ni de péril jaune ! manger qui les intéresse... toujours mieux !... et vins assortis... de ces cartes ! de ces menus ! ils sont ou sont pas les maîtres du peuple le plus gourmand du monde ? et le mieux imbibé ?... qu'ils viennent, qu'ils osent les Chinois, ils iront pas plus loin que Cognac ! il finira tout saoul heureux, dans les caves, le fameux péril jaune ! encore Cognac est bien loin... milliards par milliards ils auront déjà eu leur compte en passant par où vous savez... Reims... Épernay... de ces profondeurs pétillantes que plus rien existe... »
(derniers mots de Rigodon, 1er juillet 1961)
Or l'apocalypsme uburlesque (à commencer par le style éthylique ultime du maître) ne doit pas éclipser son hymne délicat à la plus pure, à la plus haute légèreté : « Reims... Épernay... de ces profondeurs pétillantes que plus rien existe... » ! Ainsi le rythme est le moyen, ainsi la danse est le but de l'âme : nous affranchir de notre vivant de la pesanteur, par la grâce effervescente de la musique !
vendredi 30 octobre 2009
Mon insouciance, où es-tu ?
J'ai beau retourner les pierres, et les poches des morts, inspecter les bouches, les cratères bouillants, fouiller les puits, les tombeaux et les failles : peau de balle ! Mon insouciance, je le crains, ne se cache ni sous les pierres, ni dans les arbres, ni dans les poches pleines de poussière des squelettes ! Depuis que j'explore à bicyclette (afin justement d'en collecter tous les fragments) le champ de bataille qui me tient lieu de pensée, j'ai une seule question à poser : Mon insouciance, où es-tu ?
Sur la pente de l'indifférence, je veux me laisser glisser. Descendre. On sait jamais.
mardi 27 octobre 2009
Gloire à Momos !
Eurydice est ailleurs, à ses pieds le type même du bouffon à marotte et clochettes – demeure – sauf que maintenant il danse avec les Ménades d'octobre, hé hé !
La mélancolie aujourd'hui n'est plus l'opium du poète, c'est la gaieté au contraire.
Et si, pour sculpter l'ivoire, mon marteau et mon burin sont d'ivoire justement, c'est que tout d'abord j'avais pris ces vénérables instruments pour mon oeuvre !
samedi 24 octobre 2009
VANITAS.VOLVNTATIS
Les uns, par leurs actes, veulent me prouver qu'ils agissent mieux qu'ils ne subissent – en vain ! Les paroles des autres visent à me corriger, soumettre, rappeler à l'ordre ou inquiéter – en vain ! Je n'ai aucune foi en moi, aucune foi en l'Homme : sa lâcheté servile, son extraordinerte impuissance, chacun tente de la maquiller, de la travestir, de l'escamoter ; chacun prétend avoir librement choisi la vie moisie qu'il mène, bientôt !
vendredi 23 octobre 2009
J'entends le rire sonore de l'action
oui parce que le problème, jusqu'à présent, c'est pas tellement que j'arrivais à trouver du travail ou pas, le problème c'est que j'arrivais pas à en chercher, mais là ok j'ois le rire de Stentor de ma volonté de puissance, c'est sûr, elle croît, je la reconnais entre toutes sa joie scintillante, sa gaieté tonique, autrement dit : je finis d'écrire ce poème, je vais me coucher.
jeudi 22 octobre 2009
Little Baudelaire
Pygmalion, ce poète païen à genoux, invincible, ce bouffon solitaire, on dirait qu'il parle tout seul : « Où es-tu ma chère volonté de puissance ?... quand justement j'ai besoin de toi ! Arrive ! Trotte ! La récréation elle va bientôt retentir, ça va sonner mon pote !... » – Dans quoi il taille, ce qu'il réanime : sa langue de Galate n'est plus d'ivoire brut, bientôt, mais de chair crue, infinie, délicate.
samedi 17 octobre 2009
DE.PHOENICE.VTOPIAE
On doit tout récrire tout repeindre à l'inouï absolument tout recréer. Je veux nous rendre plus courageux, plus résistants, plus simples, plus gais. Nos facultés occultes, radicales, qu'elles s'expriment ! Et que ça fume ! La culture moi je ne la vois pas changer seulement l'économie en profondeur, par Hercule ! Les artistes renaîtront prêtres, ducs d'un nouvel Âge d'or ! L'Art bref est l'avenir de l'Homme.
OK j'accepte le faix irréel de vrai prophète, de maître-coq.
J'entrevois un Paradis inédit, en travaux, à commencer par des fleuves à détourner (hein, pas des avions !) : tout ce putain de purin puritain à nettoyer ! Ailleurs, nous jetterons gaiement sur nos épaules, autour de notre cou comme une cape, un pull-over : la peau du Lion Dollar ; nous assécherons le marais de Lerne de la misère ; etc.
Fac quod vis ! – Et remplissons-en tout de suite justement les cales de nos caravelles ! Le poète est roi des Dipsodes oui ou merde ?... le poète à ras bord, ici, c'est moi !
jeudi 15 octobre 2009
TAEDIVM GENERIS HVMANI
Oh ! Je nuis et je ne nuis pas une seconde à mon ennemi - je parle du genre humain -, la preuve : j'écris.
samedi 26 septembre 2009
L'âge d'homme : Michel Leiris parodié (remix)
Nous finissons toujours par être récompensés pour notre bonne volonté, notre patience, équité, mansuétude envers l'étrangeté en ceci que l'étrangeté retire lentement son voile et se présente sous la forme d'une nouvelle et indicible beauté : – c'est son remerciement pour notre hospitalité.
Le Gai Savoir, p. 269
Voici mon autoportrait qui clignote, voici l'incipit de L'âge d'homme, du mien : Je viens d'avoir trente-deux ans, la moitié de la vie. Au physique, je suis assez grand. J'ai des cheveux fins, rouges et longs, que je taille rarement. Je n'entretiens pas non plus le lierre plus épais de mes favoris gothiques. Autant que je puisse en juger, les traits caractéristiques de ma physionomie sont : une nuque de jeune fille délicate, tombant délicieusement comme du lait tiède, marque classique (si l'on en croit les astrologues) des personnes nées sous le signe de la Louve ; un front moyen, plutôt petit, aux rides encore jeunes. Cette étroitesse de front est en rapport (selon le dire des astrologues) avec le signe du Lion ; et en effet je suis né un 6 août, donc aux confins de ces deux signes : le Lion et la Louve. Mes yeux sont bleus, trop rapprochés, avec le bord des paupières habituellement enflammé ; mon teint est pâle ; j'ai honte d'une fâcheuse tendance despotique aux rougeurs. Ma bouche est deux fois trop large, exubérante. Mes mains sont celles d'un adolescent, assez ridicules, avec des ongles minuscules ; mes deux majeurs, incurvés vers le bout, doivent dénoter quelque chose d'assez faible ou d'assez fuyant dans mon caractère.
Ma tête d'homme-femme va bien sur mon corps ; j'ai les jambes un peu longues par rapport à mon torse, les épaules trop étroites relativement aux hanches. Je marche comme une autruche ; j'ai tendance, lorsque je suis assis, à m'endormir ; ma poitrine n'est pas très large et je n'ai guère de muscles. J'aime à me vêtir avec le maximum de négligence ; je me juge naturellement gracieux, très élégant. Je ne rate pas un miroir, je me trouve à chaque fois d'une très grande beauté.
jeudi 10 septembre 2009
De passage
J'ai recueilli, ce matin, un papillon rare entre le marteau-piqueur et l'enclume – à un million de kilomètres des arbres, des fleurs sauvages. L'extravagant virevoltait entre béton et bitume. Je me suis demandé si c'était une promesse de bonheur ou bien un détail de notre naufrage.
C'était un papillon de passage.
lundi 7 septembre 2009
Au téléphone
samedi 5 septembre 2009
De renaître la Nature s'est arrêtée
Mes tatoués ? Mes élèves ? Tous ces gamins ont besoin d'affection, d'une attention bienveillante particulière – ils ont besoin qu'on les rassure – ils n'ont absolument pas besoin de cette sorte de pénitencier des jeunes années qu'on nomme « collège », donc, c'est plutôt le contraire. La discipline, les disciplines, la ponctualité, le stress, le spleen. Dring horaires dingues. Ongles, crayons rongés, ils se font un sang d'encre, c'est glaçant, vraiment déprimant. Quinze à vingt-cinq années derrière les barreaux dorés du zoo ça fait 33% de la vie en prison pour bien commencer... L'école ! Comment peut-on tolérer un tel atroce goulag de gosses ? Un tel crime ? Sans compter que la culture adolescente est préconçue & fabriquée – produite – entièrement diffusée par des adultes stu- & cupides, préparée par des sales cons dégueulasses : ce sont les adultes qui pavent l'enfer savant de l'enfance (sous les pavés, les bonnes intentions), les adultes, encore, qui flétrissent, saccagent, ruinent, piétinent le jeune gazon qui ne demandait qu'un peu de sel, de soleil, de place et de pluie pour croître avec bonheur jusqu'au ciel. Il faut donc, selon moi, raser immédiatement toutes les écoles, tous les collèges, tous les lycées. Je propose qu'on relâche tout le monde tout de suite sans discuter.
vendredi 28 août 2009
Un paradoxe
L'Histoire ? Un paradoxe ?
Un concept bipolaire comme l'aimant ou la Terre – à la fois croissance, dégénérescence – une forte expansion qui se rétracte, une sorte javanaise d'épavanouissement OUI et NON car c'est toujours à un point de vue humain que nous avons affaire – à celui, autrement dit, d'un Monsieur Jourdain anthropomorphiste.
mardi 25 août 2009
De l'intoxiété que je cause
On doit non seulement renoncer à l'optimisme candide, mais encor au pessimisme immaculé – ce sont les deux faces fatales d'une même médaille ; or cette médaille, selon les Anciens, revient à Charon – quel riche bonhomme ! Or cette médaille ne nous appartient donc pas. N'espérer ni ne craindre, dit le vrai sage.
On doit secouer le joug de la crainte, pas seulement celui de la culpabilité : il n'y a pas plus de péché originel que de péché final, pas plus de Chute que de Jugement dernier. Le châtiment de l'Apocalypse attendrait l'humanité au fin bout mal éclairé du tunnel ?... mais c'est justement parce que nous pensons avoir perdu au début l'Éden !
De l'intoxiété que je cause. L'aveugle persuadé d'avoir le soleil dans le dos s'inquiète bientôt de la naissance d'une ombre devant lui : il imagine la croissance de sa propre silhouette lugubre ; il croit qu'elle s'étend, qu'elle s'étale, qu'il va tomber dedans ; il croit que ce fantôme négatif de lui-même lui tend les bras, qu'il va le rejoindre pour l'embrasser, il envisage le pire, il a froid déjà. Or, qu'est-ce que ce regretté « soleil » dans le rétroviseur de l'humanité ? De quel doux lumineux paradis terrestre nous souvenons-nous exactement ? De quel parfum ? Du temps coton où nous étions tous des proies affamées, malades, percluses, superstitieuses ?... Heureusement, la science progresse ! Nous pouvons établir désormais avec plus ou moins de précision que l'Âge d'or des poètes correspond à l'Âge de bronze des archéologues. Si la Guerre de Troie eut effectivement lieu au XIIIè siècle, alors Janus, le dieu du commencement, et son ami Saturne – tous deux trisaïeuls de Lavinia, épouse d'Énée – vivaient dans le Latium au XIVè siècle avant notre ère.
Un sâdhu dans le Latium
Les dreadlocks de Saturne traînassent dans la poussière, dans la boue, puis dans la rivière jaunasse, puis quand il a bien fini de se baigner, vrai roi lézard à plat ventre sur une gigantesque pierre, bras, jambes et vingt-et-un doigts en étoile, araignée visible du ciel, l'homme-dieu demande à son domestique d'essorer l'éventail de sa chevelure. Puis, quand il a bien fini de se sécher les cornes, tout son laurier, et dormi assez, Saturne repart ; et son disciple le suit. Sans jamais cesser de parler ni de marcher, Saturne fume – il fume toute la journée ; c'est, d'ailleurs, cet anneau de fumée au-dessur sa tête d'ange déchu qui est à l'origine de l'auréole.
Le mythe de l'âge d'or, comme son nom l'indique, est un mythe. Une direction, ici, la même pour tout le monde : celle du déclin. Car, si elle tourne le dos au jardin du bonheur et qu'elle s'en éloigne, où peut bien aller l'humanité ? À la dérive en attendant sa fin cruelle, à part le malheur, que voulez-vous qu'elle connaisse ?
Mais nous ne voulons pas (mais nous ne voulons plus) du bonheur pour tous, nous exigeons maintenant le bonheur pour chacun.
Libellules (masc. pl.)
Je suis chez moi ce soir comme un poisson-volant dans un bocal d'air liquide à sniffer de l'aspirine, assis à saisir des kilomètres de poésie pour l'éternité sans le moindre péage à l'horizon pour l'instant tout va bien je suis tranquille.
Soit vous n'aimez pas ma poésie soit, au contraire, vous allez me prouver que je suis un bon poète.
Ma volonté exacte, c'est de la pâte à modeler, j'en fais ça que je veux. Un boudin, une boule, une galette surtout ce soir, je suis à plat.
Attendez un peu qu’elles remontent à la surface mes petites découvertes, mes petites bouées, mes petites bulles de paix. En voici une ! La moindre contrariété de m’anéantir, la moindre déception. Pourquoi je suis un être de déception. Pourquoi je m’efforce de plaire autant que possible à grands coups de pelle.
À mon âge d'Atlas, si je m'en débarrasse de votre Monde ! Dieu sait ! Je m'en vais le détruire lui à main nue, pas une miette subsistera ! Le jeter à bas le pulvériser, on va rire ! « tâche herculéonienne » tu parles ! bang big ! Du balai !
« Âme » ou « Esprit », bénévole lecteur, si votre ciel intérieur est gris, lisez ce qui suit, car, de même que le poète à l'origine est un créateur, de même le poète à la fin est un destructeur d'enfer ; car, par pitié, je n'épargnerai personne !
Si tu viens d'arriver, sache que je fête ce soir (huitième Leffe) mon premier poème publié de mon vivant ! Joie, ouiais ! Gloire à trente ans ! Je crois en effet que je peux parfaitement dès d'ici lire Gonzoni Jonas coincé entre Gonzalve de Cordoue et Go-Oc-Eo dans le Robert des noms propres... Bientôt « Hollywood Boulevard » hé hé mais bon là ok j'attends un chèque de José Corti... Josééééééééé ! José où ça que t'es parti José Corti ? Où qu'il est mon blé fumier tu me dois un million pour cent poèmes à paraître peut-être bien ou pas dans une valise à déposer sur mon lit d'hôtel psychiatrique, José tu m'oublies pas ? Heureusement pour toi que nous ne vivons plus à l'âge des bulldozers, hein, j'aurais rasé ta maison d'édition ! Putain il est où José mon fric putain il est où mon million de dollars baby je te le demande parce que j'en ai déjà écrit des trois cents povoimes QU'EST-CE QUE TU FICHTRES ? si ça se trouve tu ne t'appelles même pas du tout comme ça, je m'en fous, je suis à mon hôtel en face de la gare derrière l'hôpital psychiatrique, assis dessur mon lit, je t'attends. J'attends la valise des quatre jeudis promise.
muhammad ali échauffe-toi, j'arrive
à présent dépose ton menton de porcelaine dans mon gant de baleine, que je dépose le mien de géant dans ton gant de nain (ou l'inverse, hein, tant pis) ; je te tiens tu me tiens par la barbichette le premier de nous deux qui écrira le meilleur poème sera une tapette... bing ! ha ha ! bah mon vieux ! l'un de nous deux est au tapis, voilà !
Mais si je n’étais pas égocentrique, qui le serait à ma place ? Hmm ? Y aurait-il par hasard des volontaires ? Asthme, cancer des nerfs, je mange sans sel, je suis un grand-écartelé... Même à mes ennemis je ne leur souhaite pas de connaître mon intimité ! Au récit fictif de cette chapelle au bord de la mer, tenez, de cette veuve paimpolaise inconsolable, je ne peux pas m'en empêcher, je pleure dans mon assiette... et cependant vous ne sauriez me faire lire un roman ! Mais ces oiseaux migrateurs aux ailes bleutées, là, bon sang, quel chagrin ! Ils s'en reviennent de baiser comme les marins, certains d'entre eux ne reverront jamais la Terre... mais pourquoi je m'attarde, hein ? Au porte-manteau, ma peau finit de sécher ; si vous la voulez, ça vous regarde !
La poésie française est une langue morte, un cadavre snob mon pote. C'est du latin pour les zombies. C'est fini. Les vers, c'est fini. La messe est dite. Et ils n'ont rien compris évidemment à la musique ! Mais laissons-les courir tous ces povoites leur tête à la main, et chantonner et trottiner dans le désert... Ah ! je le quitte maintenant et je n'y vois plus de remède comme disait Molière ! Merde & Merde ! Quel emmerdement !... Et la prose dans tout ça ? où ça ? Maurice Dentiste ? Houellebecq ?... Bof ! Last Djian but not least, brave papillon de guerre, cet Houellebecq bah tant pis si je rouspète dans un verre d'eau mais il bat des ailes là-bas, il crée ici ou là une marée (ou ola) de « Rhaaaaa... » quoi ? une vague d'un mètre, un mètre cinquante les bras levés... « Mexican Wave », ouiais ! Monsieur éructe-cul & praline et puis s'en va, ah ah ! L'idole moisie des téléfilms ! On rigole ! Mais moi ! Soyez mon auguste Mécène, et moi je vous joue Horace !
Ai-je assez foudroyé d'insectes ?
À présent je veux m'occuper du matricule des austères, qui rejettent certes la figure romantique du poète maudit... mais pour la remplacer par celle du poète emmerdant ! Ô Sots ! Snobs tartuffes ! Séniles stérilisateurs ! Ces poètes « exigeants », ces moines savants médusés par l'Ennui semblent ignorer que la gravité ne les préserve pas automatiquement du ridicule ! Leurs oeuvres ne se préoccupent même plus de plaire, d'émouvoir bientôt ! Ah, ils se situent certes à l'opposé des hideux "artistes" industriels trop sucrés trop gras qu'on sait, c'est sûr, mais alors eux il faut les fuir pour la raison inverse qu'ils sont trop fadasses, trop secs !
Le genre particulier de la poésie littéraire est une vraie niche de snobs, d'ombres, les pauvrounets ! plus c'est emmernuyeux plus c'est sublimissime ! si on les écoutait ! qu'ils bâillent donc d'admiration ! Les critiques parlent d'exigence (traduire : à mourir d'ennui gris mou, à chier par le nez). Mais voici leur raisonnement est le suivant : Si ce qui est commercial est vulgaire, alors on doit donc trouver ce qui est noble à l'autre bout, c'est : un produit est noble dès lors qu'il déçoit massivement... Ha ha ha ! Voilà ! voilà pourquoi la poésie demeure le genre littéraire le plus élevé, il faut croire, depuis si longtemps qu'elle fait chier tout le monde ! Pour la moitié des gens la poésie est sinistre ; pour l’autre moitié, elle est mièvre. Bah pour moi, c’est l’inverse.
L'aurore aux doigts de merde
En effet, je déborde... depuis que je suis né, si tu veux tout savoir. Quand d'autres stagnent justement ça schlingue !
Qu'est-ce que l'abjection ? – La sentimentalité.
Donc je passe par-dessus tous les bords ouiais, c'est pas faux, c'est ma mélancolie qui déborde, tu as raison, Madame, mon « intolérance » est « indigne »... À commencer par mon intolérance à la lumière et à la vie. La lumière me crève les yeux ; cette vie me crève le coeur... pourquoi j'adore me suicider. Hop ! Je crève martyr, je renais despote ! Mes nerfs d'Achille (de cuivre ou d'aluminium), mes nerfs sont des montagnes russes mon pote. Je suis, je pense, le morosophe cynique le plus intranquille d'Europe. Les jérémiades de Musset à côté : de la gnognote. Les colères colossales d'Hugol : de la crotte... Si tu & vous saviez un peu tout ce que je peux m'envoyer comme Nutella dans les veines ! Mais là je redescends, hein, fini de saigner. La crise est passée.
À haute voix ?... À HAUTE VOIX ? ha haaaa qui lira mes povoimes À HAUTE VOIX – hôtel-cocktail « bord de mer » ou pas – bordel de merde j'y arrache les yeux de la langue, j'y pète ses quatre-vingt mille vésicules à Blabla, j'y tranche tous les tendons ! Par Jéhovah ! Jason-Cuistre !... Procès-Verbal ! Une à une que j'y bousille les glandes sublinguales à Guignol ! BLÂME, OUIIIIIIAIS ! Ainsi pendu par les cordes orales, on verra bien si il rigole ! s'avise de me dire ! « Crachez quenottes ! »... car je fabrique, moi Madame, de la littérature MENTALE ! même pas chuchote ! même pas voix basse ! L'atmosphère, c'est les autres : Charles Peigne-Cul, par exemple, le repenti gendarme, ou son ancêtre Heidsieck « ex directeur adjoint de la Banque Françoise du Commerce Extérieur... Grand-Prix-National-de-Poésie 91 ! » ô OOUH ! les pauvres chauves Marlon Branlo des foires ! Ô BAVOIRDISE ! (« zim doum cuicui », hein ! mdr ! Schwitters il est mort en 48 les gars !)... FAUSSE ROUTE, JE VOUS DIS ! c'est pas en remplaçant points-virgules par néo-postillons ! Novarinades tout ça ! Et pis surtout y a les gros nombreux qui lisent n'importe quoi en public... que c'est bien évidemment pas du tout fait pour ça ! Des nouvelles & des romans ! Boaf ! « Lecteur » aujourd'hui est-il si feignasse ? « Povoisie », à la ramasse ? je le crois !... CHERS CONFRÈRES, MES PETITS COCHONS, RÉFLÉCHISSEZ UN PEU : SELON QU'IL DESTINE SON TEXTE À L'ESPACE MENTAL OU ATMOSPHÉRIQUE, L'ÉCRIVAIN N'ÉCRIRA PAS DU TOUT PAREIL !... sauf s'il s'en branle évidemment d'ignorance ou négligence... donc je le vous re-répète : ÉCRIRE, C'EST LA SEULE MEILLEURE MANIÈRE DE SE TAIRE... L'écrivain il se tait avec éloquence si possible merci, et le lecteur c’est pareil. C'est la grande affaire du silence prolixe, visuel, solitaire, la littérature ! Surtout pas l'inverse, mes couillons verbilleux ! vous croulez à contresens, là ! Mais zut j'y réglerai bientôt son compte à l'Avant-Gardisme, z'inquiétez ! oh ! j'ai pas fini ! « Lou-Ferdinoui Junior » n'est-ce pas, sous la pédale, il en a encor !
Mais !... Mais j'ai envoyé mes tapuscrits et de l'anthrax à tous les José Corti de l'annuaire, mais j'ai pris six mois ici le petit-neveu Kévin Gallimard en otage. Mais j'ai menacé toutes les maisons d'édition de Saint-Germain et prairies à l'entour, je leur ai envoyé à chacune : une grenade à plâtre, des oeufs pour rire, du poisson tous les vendredis, des lettres anonymes, des petits cercueils et d'autres petits cercueils pour leurs petits-enfants... mais j'ai tout essayé bah personne n'en veut de ma camelote ! Personne ne tient à m'acheter ma poudre « 100% François Rabelais ! » Ma poésie au kilomètre ! Mais toi, mon pote, TOI ! tu n'as qu'à m'en acheter cinquante ou cent, des povoimes, hein, toi, je te fais un prix... 1000 euros et cent povoimes pour toi RIEN QUE POUR TOI... 950... 900... putain dis qqchose... 800, c'est donné ! Va pour 800 !...
Merde l'oiseau maître-chanteur il se tire une balle en plein coeur ou bien, tiens, demain il se jette du dernier étage de son peuplier SI JOSÉ CORTI & COMPAGNIE VEULENT PAS DE LUI, le coq ou corvidé trahi il peut très bien, il veut, je veux dire il va s'évader d'ici ! Croâ ! Croyez-moi les amis ! « PAN ! »................... comme quoi la proue de mon navire a perforé l'oeil trompeur du ciel, comme quoi j'ai accosté, ouiais, ça y est ! PAN que je vous dis ! je me suis tiré un coup de fusil en pleine gueule... Ça y est ! sauf que j'ai pas eu le temps d'entendre la détonation, c'est con, ma déveine... ni encor moins d'attendre le résultat des élections américaines... PAN ! J'ai tressauté tout gâché comme quoi, poète, j'appuie sur la gâchette, et ça saigne... Et vous appelez ça un poème !
Ma tête, ouch ! Je la vois rouler sur une autre planète... je vois tourner un autre monde... Ma tête, mes yeux, c'est affreux ! Attendez-moi !... mais « ouch ! » comment ça « ouch » ? que me dis-tu là, ma bouche ? pourquoi ce petit mot brut brusquement, pourquoi cette syllabe de misère ? En une telle occasion bah je pensais aussi mériter quelques beaux vers ! Je pensais, je m'attendais à voir issir de mes narines au moins deux ou trois alexandrins préromantiques ha ha ! mais allons-y pour « ouch ! », c'est parti ok ça roule : OUCH ! On décolle, cool !
Dieu est payé à rien foutre... ou alors à rêver à voix haute alors qu'il nous déroule la fin de son super décor, peut-être... où l'Homme, l'autre, se jetterait par toutes les fenêtres à la fois, hihi ! Mais l'Homme, pour commencer, qu'il s'opère l'oeil d'une poutre !
Cependant que la plupart des sociétés humaines animales végétales sur terre se déglinguent, je bois du café, beaucoup trop de café, je fume un maximum. Je ne dors pas ou pas assez. Chaque jour j'avale : deux litres d'eau du robinet, deux tranquillisants le matin, deux le midi, deux le soir pour éviter les crises de nerfs. La nuit, je m'occupe de mon courrier. De mes povoimes. Je réponds « oui » à mes rares amis de chair et d'os, et aux autres. J'écris, je fume... Heureusement, je bois moins d'alcool ! Et puis ! Et puis, il y a le long fleuve des conversations avec ma chérie ! Sans oublier la lecture ! J'ai déjà vécu plusieurs vies, ok, mon existence est amortie. D’ailleurs la foudre tombe par tout autour de moi, en ce moment, j'en vois passer dans certains regards des éclairs de suicidité, comme on dit !
Chaque jour je n'ai pas le temps de faire vingt trucs urgents comme réparer mon imprimante, imprimer, photocopier, envoyer par la poste mes texticules à José Corti...
jason-christ stoïque sur sa chaise volante
grâce à mon casque de psychonaute, la musique divine pénètre ma pensée vivante, montgolfière, je m'élève ! chacun de mes poèmes est un sac de sable dont je me déleste – assez fini de souffrir.
en vérité je vous le dis : exilez-vous à double tour d'ivoire, superbe, ou bien ils vous arracheront toutes vos larmes comme des dents.
en vérité je vous le dis : celui qui veut m'arracher mes larmes, il n'obtiendra pas seulement le début d'un sourire.
Sourire à la rigueur, en attendant je mords moi-même mon facteur. Je mène une vie heureuse de fossoyeur à l'écart avec mes dents, je ferais peur, il paraît, à un bouquet de fleurs. Inutile de m'inviter vraiment « Le fossile, on va éviter ! »... Inutile en effet d'ajouter pour Morosov une rallonge de bois à la longue table de votre interminable festin, inutile, je vous le répète, d'insister. Ma foi ! j'y tiens absolument, moi, à vivre et demeurer assez loin de votre commerce comme de la peste ! À rester seul absous, recueilli, mézigues de marbre, à mon bureau clodo modeste, à remplir le formulaire jaunasse du Destin ! Il est exclu, certes, qu'on m'afflige davantage, qu'on essaie amicalement (ne serait-ce) d'abîmer mon paysage ! Povoite je suis, donc je rumine. J'écris en secret : « L'hypotypose ou rien ». Je la regarde passer l'eau vive de mes povoimes, tout le train T inutile de ma vie « tchou-tchou » sous les ponts foireux de l'ennui, là-bas... Je me regarde pisser et boire, mâcher et grossir... vieillir malheureux et je vois, là, dans l'herbe ouverte à mes pieds : LA VERMINE !... je la devine !
Les paradis artificiels me sont certes une promesse égoïste tenue d'avance de déchéance, mais quoi de plus haut, quoi de plus élevé je vous le demande, quel meilleur anesthésiant pour notre adolescence, cette sorte atroce de pelade incurable ou solitude suraiguë – qu'une promesse tenue d'avance... fût-elle noire, mélancolique, terrible ? Ciel ! Dieu ! De trop, je tousse ! Bleu, je crache ! Que ferait Benicio del Toro à ma place ? Que ferait Muhammad Ali ?
Tel petit garçon lunaire fut sculpté, braise, par les injures répétées de son père qui le surnommait « gros nez ». Ce petit garçon devint un homme de cendre avec un nez aussi fin que du papier à cigarettes. Les sarcasmes, les mots durs sur son pur visage, comme la mer creuse une falaise, avale une dune, un paysage, s'étaient abattus, té ! avec une telle force, avec une telle régularité brutale pendant un tel nombre damné d'années, qu'ils avaient fini par dessiner le masque macabre, absolu de la Camarde. Tel autre vieux petit garçon unique, honni, miné, non seulement ses traits extravagants, mais le débit très exceptionnellement élevé de ses paroles (efféminées) fut déterminé par l'extrême impatience de sa mère, avec laquelle le malheureux ne s'entretint jamais plus de cinq minutes. Tel autre – moi par exemple – c'est le conformomisme autoritaire de mes parents qui m'a formé. Rongé ! Dieux ! comme peu je m'extirpe du formol m'évade mutine spéculéologue uburlesque comme je peux, mais C'EST MOI QUI TIENS LA PIOCHE ou pelle folle ou hache ou louche, PAN ! dans les dents ha ha ! c'est moche ! moi justement : de chacun (neuf) de mes grands coups de sabre dans l'eau naît : la Beauté. Moi c'est pour éclairer votre nuit que je m'immole.
Hélas, quoi que l'on l'Homme fasse demain HÉLAS tiendra toujours en cinq lettres. Et moi je ne veux point multriplier les points d'exclamation et les interjections et les histoires, les histoires, comme d'autres, hier, multripliaient ingénieureusement les points de suspension et autres petits pains ergotés aux pauvres – vous faire peur non plus. Je ne suis point Merlin, Johnny-Christ, ni Céline parjure junior. Je n'ai point besoin, moi, de créer un personnage de private detective sur la route. Même en rêve je ne permets pas que Lady Death me donne des ordres ! pas même Lady Death ! Merde pourtant, donc, merde ou hélas, c'est pareil. Bon bah moi mon truc c'est l'harmonie périlleuse d'une syntaxe (désaxée, capricieuse) et de verbes (folles). Sauf l'extinction flagrante de tous les êtres et de toutes les choses – soupir – j'ai rien de spécial à vous raconter, que nadalle aucune émouvante aventure à vous inventer. Selah.
Mon père soigna peu les angines à répétition qui empoisonnèrent son adolescence. Selon les médecins il le paya chèrement : le mal « retomba » sur ses reins, qui s'atrophièrent au point d'atteindre la taille de haricots rouges. Je tiens de lui des amygdales grosses comme des poings. Nous avons la même voix. Lorsque j'écris « nous avons la même voix », j'entends « nous avons la même voie », c'est-à-dire le même destin, et je ne parle pas seulement des angines à répétition. Et lorsque j'écris « nous avons la même voix », j'entends sa voix et j'entends la mienne, enregistrée quelquefois par le répondeur d'ici. Or, si mes angines furent « à répétition », c'est que longtemps je ne les prévins pas. L'ultime fut atrocement blanche. Mes amygdales ressemblaient à des amanites tue-mouches. Je la soignai, puis j'adoptai le foulard et l'écharpe. Or je ne connais rien de mon père, si peu que rien de sa vie, que ce qu'il a bien voulu me transmettre ; c'est pourquoi je parle de ses amygdales. Aussi bien, j'aurais pu parler de ses longues jambes : j'ai les mêmes. Or il nous est impossible d'avoir une vie différente de nos aïeux, si nous ne savons rien de ce qu'ils vécurent. Je veux réfléchir au moyen de conquérir la volonté. Je veux être mon propre maître, mon propre dieu. Je veux, je veux… « Je voudrais » vaut mieux ! « J'aimerais vouloir » voire !
Ici-bas tout repose sur un grand pardon de pacotille subliminal, une espèce de tabou génial entre les pères, les mères, leur progéniture. Mais le ciment humain social familial, etc. à mesure se dépiche comme ils disent : « No Future » ! C'est malheureux l'alcool, tout ça... C'est malheureux tous ces gosses d'hommes qui picolent pourquoi ? Pourquoi d'après vous vos enfants se droguent-ils ?... Je suis moi seul l'aîné authentique « fruit de l'amour » par exemple ! Mes petits frères, ma petite frangine ? bof plouf plouf... Tu parles ! Or c'est mon père, l'ordure, c'est lui qui m'a renié le premier. Ensuite, c'est vrai, j'y ai craché tout mon portrait au visage à ce fumier. A part moi je ne connais personne de plus con que mon père en effet. Comme je grattouille l'eczéma de ma lèvre supérieure, qui saignote, je m'interroge : Pourquoi devrais-je faire semblant d'aimer mes « semblables » ?
Je suis né ivre, en nage, alcoolérique, je suis né fou de rage comme avant moi mon père agricolo est né borné... et comme avant lui son père... ensuite j'ai dérivé, cirrhose... tyran trop picolé bourré, j'ai taillé tout ce qui dépassait des nuages... jusqu'à m'immoler pour si peu que rien... toujourd'hui, c'est marre de renaître de mes ruines ! J'ai besoin d'eau, moi, dans mes veines ! Water ! Wasser ! AQUA ! Quelque chose ! Dieu sais-je si j'ai soif ! Si j'y veux rincer tout de suite, dans la première rivière effervescente venue, mes tripes, mes os ! Pas seulement ma cervelle, pas seulement mon foie ! Mon ébriété naturelle, je crois bien qu'elle suffira, j'ai assez bu & survomi dans mon noyé comme cela ! Assez aboyé et tabassé mes amours d'amis ça va ! assez détruit ! assez dévasté ! YA BASTA !
Au bord du volcan où s'ébat le peuple « glou glou » qui bouillonne, endormi debout, on dirait Pline, ce murmure... Ma foi, tout un programme ! Depuis que je me suis fait tatouer un chrisme où je pense, j'ai repris confiance en moi. Bon là je renifle, j'abrège, je petit-négrillonne mais demain vous allez voir, lecteur ami, chère âme ! Demain je lève le voile, j'élève la voix ! À grands coups énormes que je m'en vais me frapper la poitrine, y gueuler au Diable ma devise d'homme mûr – « Per vim ! » – « De force ! » – à l'Abîme !
em cioran est mort invaincu
cylindrique, froide, dure, l'idée du suicide était braquée sur sa tempe de poète pessimiste, sur sa tempe d'acier, mais le bougre il ne s'est pas laissé abattre, mais bon moi dans mon cas c'est clair que c'est la société qui tient l'arme, mais bon moi je me suis tiré hé hé ! (assez loin merci) mais d'abord j'ai fait plusieurs fois l'expérience de tout dire TOUT CE QUE JE PENSE en cinq minutes : « Bah suicide-toi ! » m'a-t-on invariablement répliqué... en quinze ans, si j'avais suivi leurs conseils, c'est bien simple, je me serais suicidé plus de cinquante fois ! mais, le problème justement : je n'ai presque jamais désiré le suicide !...
au fait, comment font-ils tous ces gens différents, comment ont-ils pu me prodiguer le même conseil ? par quel miraculeux hasard ? parce que, hein, quand je parle de mon eczéma, j'entends tous les sons de cloches : homéothérapie, hypnose, yoga, eau bénite, eau précieuse, huile d'olive, bains de tilleul et j'en passe !... d'où peut-elle donc provenir cette très étonnante unanimité de mes si généreux semblables, lorsque, au lieu de parler de mon eczéma, j'expose ma vision du monde ?... et si ce « bah suicide-toi ! » n'était pas un conseil personnel mais plutôt un conseil collectif ? un conseil de la collectivité à mon attention ?... vous savez, la gentille voix de la société ?
égoïsme et individualisme seraient maux de nos temps modernes ?... mon oeil ! qui voudrait me faire croire que nous sommes assez égoïstes ?... il ferait certes beau vivre à la manière des chats ! hommes, mes frères conformes, ce qui vous agrée me blesse à mort ! c'est votre abnégation servile au profit de la société qui créa le mythe de l'intérêt général : travail, famille, patrie, lois, droits, devoirs, prisons, usines, élections et compagnie. chacun ici plus ou moins volontairement, plus ou moins volontiers, porte la parole aliénante de la communauté ; chacun, ventriloquant, relaye le discours commun... ennemi de chaque homme ! l'humanité est ennemie de chaque homme. cette intoxiété que je cause, bref, doit être combattue jusqu'au bout : pour moi, si c'est mon suicide que vous voulez, je vous préviens, jamais vous ne l'obtiendrez ! JAMAIS !
Il faut démolir tout ou rien, hein, faut pas mollir !... ok je me présente MOI JONAS GONZONI (aux élections)... Haahaaaaaa ! ça va chier des bulles de savon de marseille à l'huile d'olive : 1) J'abolis la peine de mort pour les fumeurs ; 2) J'abolis, j'abolis, j'abolis ! 3) je libère les maboules, tout le monde... 4) j'oubliais ! J'ABOLIS L'ÉCOLE OBLIGATOIREMENT !... à la place en effet je verrais mieux un système carcéral global... pour les ânes... On devrait NAÎTRE EN PRISON, OUIAIS ! on y ferait des dictées... de mes poèmes pourquoi pas ? ha ha ! jusqu'à obtenir (ou pas) la note libératoire de 20/20... VOTEZ POUR MOI !... mais, au fait, voter pour quoi faire ? limiter le déluge d'enclumes ? boaf merci je préfère l'exil symbolique, JE NE PRÉFÈRE PAS APPARTENIR À CETTE SECTE TOUTE-PUISSANTE QUE VOUS NOMMEZ "SOCIÉTÉ" vos "élections" moi ça m'amuse j'aime mieux en rire, j'aime mieux démolir tout ou rien.
La raclée aux imposteurs-en-chefs, tout ce que je réclame ! putain je leur pète au nez moi à tous ces fumiers qui pullulent ! Paix ! Poux, oust ! Pollueurs ! Révolution ! À mort l'hygiène ! Grève générale, ouiais ! (Et que nos salaires de misère, hein, qu'ils soyent trois fois multripliés ou bien !) Marcherons-nous longtemps sur la tête ou pas ? La question n'étant plus tellement aujourd'hui de sauver nos apparences de planète, mais bien naturellement de limiter les naissances, les dégâts. Les souffrances, comme les guerres, cesseront faute de combattants ou alors jamais. Halte ! Foutre ! Une fois ! Une bonne pour toutes : ASSEZ ! Abstenez-vous-le pour dit, bande d'ubiquitaires : l'horizon H est bouché ! Mais les gras les aigris les moustachus les chrétiens les chauves les bonnets d'âne au pouvoir, ça les démange assez peu de nous soulager vraiment quand on y songe : Ah ! ils font mumuse les sculpteurs d'opinion publique ! Ah ! C'est beurre & pain bénit & argent du beurre & compagnie ! Ouh ! Honte ! Lâche criminelle servitude volontaire des peuples aveugles ! À mort ! À mort tout le monde !
c'est pas parce qu'on travaille ensemble, c'est pas parce qu'on vit juste en face qu'on va devenir des amis, mon pote, c'est pas parce que je vois ton sourire jaune paille tous les jours qu'on va se boire des apéros mon gros merde c'est pas parce que tu es mon frère ou même MA MÈRE, c'est pas parce que soi-disant tu m'aimes JE SUIS L'AMI DE QUI JE VEUX et puis justement j'en veux pas d'amis des pisseux autour de mon arbre ! non merci ! JE NE FAIS POINT COMMERCE DE MA VERTU EN EFFET JE DEMEURE FIER, INCORRUPTIBLE (peu flatté quant à moi d'appartenir à cette espèce bof plouf grrr !) mon charme aristocratique, bref, ne regarde que moi ET VOUS N'AVONS RIEN EN COMMUN, CHERCHEZ PAS ! Tout le monde ne peut pas jouer à La Boétie avec moi ! Le refus, le rejet justement c'est avec ces deux béquilles que je tabasse mon prochain ! JE NE VEUX PAS DEVENIR DÉMENT COMME TOUT LE MONDE non merci vraiment je ne veux pas jouer à votre société de malades moi ça va ok merci je suis en assez bonne santé (pour mon âge : force 32) & heureux, sauf les dépressions nerveuses...
c'est la fête des voisins ces enculés ils ont osé M'INVITER ! sur ma porte (quand je suis rentré tout à l'heure du turbin) ils avaient punaisé à l'opinel le message suivant : « GONZONI, TU ES PRÉVENU : SI TU VIENS À NOTRE FÊTE ON TE FAIT LA PEAU AVEC CE 12 cm »... j'ai montré ça à ma femme (qui est indienne) elle m'a confirmé que c'était une invitation en bonne et due forme alors ok merci les gars ok j'arrive... mais avant j'ai promis de prendre la parole en public (bénévoracle), patience !... Mais au fait pourquoi cette fête ? Parce que nous vivons... les uns à côté des autres ? c'est bien le motif ou je me trompe ? Mes collègues aussi ils m'invitent à leurs fêtes hé hé... une fiesta de professeurs professionnels, c'est à voir au moins une fois ! Je vous raconterai ça un jour, c'est très moche, très intéressant, on n'a pas idée, par exemple, comme les professeurs sont des ânes ! "Tu dois te sentir bien seul" ! tu m’étonnes ! je vis entouré d'ânes bâtés... sans compter mes élèves, mes ânons, mes niais agneaux ! Oh ma solitude est parfaite, ça va merci... PUTAIN MES VOISINS ! ILS FRAPPENT À MA PORTE ! Que me veulent-ils ?... mais j'ai pas fini de parler, ils attendront !... Ouf !... Dieu merci, ils ont cessé ! S'ils préfèrent boire à persécucuter, ça me tombe bien !
Aiguilles ! Pelotes !... Pelle & pioche de poète ! Minute ! Dynamite ! Voici, c'est à cet endroit précis : la falaise intacte pour ainsi dire dans l'exact état où je l'avais laissée : C'est la fête des voisins ces enculés ils ont osé M'INVITER !... souvenez ? on y va ! j’attaque la paroi ! Sur ma porte les salauds fumiers ils avaient punaisé à l'opinel : « GONZONI, TU ES PRÉVENU : SI TU VIENS À NOTRE FÊTE ON TE FAIT LA PEAU AVEC CE 12 cm »... donc j'ai montré ça à ma femme, qui est indienne, donc elle m'a confirmé que c'était bien une invitation en bonne et due forme, etc., donc merci les gars... DONC J'ARRIVE ! mais je vous préviens, hé hé ! je vous le ramène en effet je tiens à vous le rendre votre opinel... à ma manière ! mais combien nombreux au juste qu’ils sont les loustics, là-dedans ? moins de cinq ? bah je prends en plus mon marteau de cuisine !... « Dis donc, Johnny, tu y vas habillé comme ça à leur apéro ? torse nul ? » qu'elle me demande Erzébeth... « Aïe aïe ! tu vas te faire massacrer mon petit poussin ! »... mais je suis déjà dans l'escalier, trop tard ! je ne peux plus reculer ! le petit poussin ne peut plus reculer !... d'ailleurs les enculés, je suis sûr qu'ils m'ont entendu sortir ! je suis sûr qu'ils m'attendent ! Qu'est-ce qu'ils riraient bien, hein, si je faisais demi-tour ! Fi ! Peste ! je ne souhaite point leur en offrir l'occase ! En avant !... mais j'entends de la musique ? des rires ?... j'approche l'oreille... On dirait que je suis attendu pas vraiment... Avec ce marteau de cuisine dans la main droite, l'opinel dans l'autre, j'ai un peu l'air à moitié fou dangereux si ça se trouve ils vont avoir peur, tant pis ! VLAN ! VLAN ! JE FRAPPE ! VLAN ! VL... mince ! le bois de la porte, il cède ! ha ha ! je vois tout à travers ! HA HA BONSOIR, LES VOISINS, LE PREMIER QUI BOUGE, JE LE SCALPE !... j'y passe une main dans le trou, je tâtonne, eux ils me regardent... ils bougent pas... une clé dans la serrure ? un verrou peut-être ?... « C'est ouvert, Monsieur Gonzoni, entrez, je vous en prie ! »... quioi ? qui a dit ça ? qui a dit « entrez » À MOI QUI A OSÉ ME DONNER UN ORDRE ?
L'agent territorial où est-il ?
Il y a un petit bonhomme qui court dans votre cerveau ? Bah c'est pareil pour moi. C'est un agent territorial. C'est même des agents, ils sont plusieurs. (Trop de boulot, hein !). Quand vous commettez un lapsus, je ne sais pas si vous êtes au courant, mais c'est l'agent territorial fautif qui trinque : Bam ! Blâme. Tous ces agents territoriaux sont sous-payés à courir dans le labyrinthe de votre cerveau, ils doivent trouver les cages exactes, pour les ouvrir, de tous les mots de proie chargés de saisir au vol votre pensée au galop – ces derniers n'en saisissent jamais que l'écume... Mais si le roi Minos, pour votre cerveau, n'a jamais employé plus de deux ou trois agents territoriaux à la fois, bah c'est très simple, vous comprenez que dalle à ce que je suis en train de vous raconter... Mais où est donc Icare ?
Gonzoni ? comment ça « gonzoni » ? pourquoi il me dit ça « gonzoni » à moi ce mec-là ? je le connais même pas ! je crois que c'est bien ce qu'il m'a crié : "gonzoni !" au moment où mon bus est arrivé... mais ce gamin, c'est la première fois que je le vois ! Il ne peut pas savoir mon nom, y avait pas écrit "gonzoni" sur mon briquet, que je sache ! ni sur mon paquet de Gauloises ! il m'a demandé une cigarette, je lui ai même proposé du feu... c'est sûrement UN ÉLÈVE DU COLLÈGE !!! mais il doit avoir au moins dix-sept ou dix-huit ans... combien de fois a-t-il redoublé ?... à moins qu'il ait crié "bonne journée !" ? MAIS OUI ! c'est ça ! "bonne journée"!! hé hé ! quel sot je suis-je !... quel idiot donc ! n'en parlons plus, mais des Roujon-Macquart... Il paraît que c'est comme ça qu'il prononce Petit-Pétain ? Moi je trouve ça intéressant... Un mauvais petit pédant menteur qui essaie de nous faire croire qu'il est cultivé, qu'il lit ou a lu, aime la littérature, connaît les classiques... ALORS QUE NOTRE MARÉCHALCULE N'EN A MANIFESTEMENT JAMAIS ENTENDU PARLER (il avait déjà flétri La Princesse de Clèves, le bigre !) CAR UN HOMME QUI DIT "ROUJON-MACQUART" EST UN HOMME QUI RÉCITE MAL CE QU'IL A LU tout simplement c'est quelqu'un qui a écrit ça pour lui, ce titre sur une fiche (peut-être une liste d'oeuvres à lire justement : mais bon le bonhomme s'est arrêté aux titres), fiche qu'il a apprise en vue de duper la presse, l'opinion publique... On peut dire qu'il a réussi son coup, le goupil ! HA ! HA ! S'il ne sait pas de quoi il parle, au moins il insulte les chefs-d'oeuvre de l'humanité ! Pourquoi pas les Goujon-Macquart pendant qu'on y est ?!... Pourquoi pas les Parasols de Van Gogh ? Z'aimez Voltaigne ?... Bref, ce petit bonhomme parle sans savoir dans sa moustache invisible, on ne sait plus ce qu'il dit, lui non plus !... Mais cet incident anodin en apparence révèle un abyme d'ignorance très angoissant : l'élite de ce pays gît dans le même état abruti que la lie ! C'est même 99% de l'humanité, quand on y regarde de près... DANS CES CONDITIONS IL N'Y A PAS LIEU DE S'ÉTONNER DE L'ÉTAT DU MONDE !... pourquoi étouffe-t-on ? pourquoi toute cette souffrance, d'après vous ? pourquoi cette laideur ? ces guerres ? ces crimes ? cette destruction mondiale ? cette dureté ? pourquoi cette effroyable horrifique folie à dégueuler partout ? Les dépravés les idiots les brutes les nihilistes les chauves qui nous commandent, les ordures ! Les immondes ! Comment voulez-vous qu'ils sauvent le monde de la malice ? Les immondices, c'est eux !
Professeur d'alphabet à plein temps, il se trouve que je suis l'interlocuteur d'une bonne centaine de personnes chaque jour, et je ne compte pas les parents des élèves, ni les demeurés qui nous tiennent lieu de cuisiniers, les femmes de ménage et j'en passe. Chaque jour je m'efforce de répondre à plusieurs milliers de questions et problèmes de toutes sortes. Je m'efforce d'en poser au moins autant. J'écris, je dicte, je parle, j'explique, m'explique, je m'efforce. Je compose. Je corrige. À voix haute, je marche. J'évite de compter ou d'espérer quoi que ce soit. Je m'épuise. J'exige beaucoup. Donc j'existe.
J'enseigne le latin à des enfants de putains qui prennent mes rouflaquettes pour des papillotes, qui me prennent pour un juif orthodoxe.
Ils m'appellent « Jésus » !...
Jésus, sans doute, enseignait le latin aux simples ! Merde Jésus il parlait l'araméen café-au-lait ! Et il était trapu, Jésus, putain, et brun, et fort ! et surtout il avait des yeux NOIRS profonds comme des trous de balles, merde j'ai beau leur expliquer tout ça à ces enfants de putains (que je suis blanc-blond-roux aux yeux bleus), ils m'appellent tous Jésus ou Madame quand même !
L'âge alphabestial de l'adolescence, l'âge gras et ingrat, l'âge égoïste de l'adolescence butée & brutale, bah ! Les braves gosses les gugusses n'ont point leur langue de Molière dans la poche ! Çà ! C'est un tel verlanglocharabia de 70 à 80 et quelques misérables vocables à peine qu'ils baragouinent entre eux dans la cour, sans aucune espèce de rapport avec l'auteur du Misanthrope, ou celui des Essais, ou de Pantagruel ! On s'en doute ! Leur vie immédiate aut nihil, leur vie rance rose moisie si trépidante de jeux débiles sentimentaux les uns que les autres (hein, nous vivotons dans une telle frénésie pré-diabétique, en un tel siècle miteux moimoiteux poisseux de puceaux, de pourceaux pouah ! oh ! hordes d'éjaculateurs précoces de toutes sortes !), bref leur vie replète de chewing-gum « bren sugar » déborde de partout, c'est le hic, Molière ne leur parle plus du tout français à ces merdeux !
Madame LOL, 57 ans et demi, ma consoeur, se fâche d'elle-même de jamais finir ses longues phrases incohérentes, Dieu que c'est pénible à observer. Ça la rend furax d'articuculer. Sans compter que sa voix est inhumaine, harassante, vociféroce. Injonctive. Fétide. Fiel, fiel, fiel. Ses « cheveux » ? bah elle prend trop d'intranquillisants la pauvre ! Ses petits yeux pointus cruels sévérissimes derrière ses demi-lunettes tranchantes – mégère sauvage à moitié Niçoise soi-disant, à moitié concierge merdique oui –, sa présence faussement calme, mal ménopausée, voûtée, furieuse, toujours écumante, son air toujours coincé de toujours suer ou souffrir, son rictus horribilis de sorcière, son goitre flasque de verruscules parsemé (et touffettes de poils mauves, héhé...), ses propos flétris au moins autant que son front anxiogène, ses idées phobiques, TOUT en elle est vraiment ATROCE. Repoussant jusqu'à l'os. Asphyxiant. Parlant à mesure elle vous engueule, pouah ! elle vous dégueule dessur !... Eh bien, hier, à ma manière de poète ou de mur, j'y ai expliqué à voix haute à cette collègue l'impasse de me donner un conseil ou un ordre. Hé hé. L’impasse de me parler tout simplement.
Saisons battantes
Il y a ce chien, le soir, il fait savoir à tout le quartier qu'un homme le torture
Il y a ces chats, la nuit, qui s'arrachent les yeux par amour (pas toujours).
Début septembre, la foudre est tombée sur l’orphelin du premier rang, muet depuis ; hier, une naissance heureuse, le cri de joie de mon plus proche ami.
Et l'autre semaine, au bout d'une longue agonie, la mort de cette jeune femme silencieuse, ta soeur.
Et maintenant cet adorable sale gosse, boucle sur mon épaule, qui préfère traîner dans les rues plutôt que d'aller à l'école.
Comme moi à cet âge, il a renié sa famille. Ses jambes sont couvertes de plaies. Ses mains d'ouvrier grossier, ses ongles noirs sont rongés jusqu'au sang. Il me regarde de ses grands yeux bleus battus, de ses longs cils, de son visage un peu abruti de veau kamikaze, un peu d'acné. Son air est craintif et doux. Sa taille de mi-lourd, son pouvoir docile de destruction... Avec son scooter installé au milieu du carrefour, quelle route choisira-t-il ? Dans quel mur son fleuve personnel ira-t-il se jeter ?...
Pour le moment, casque rouge de chevalier à la main, Kévin fume son clop sous la pluie.
Fils de sous-fonctionnaires, petit-fils de paysans, je suis homme à faire debout la leçon à mes élèves. Debout et même sur l'estrade, un oeil sur l'horizon, l'autre sur la pendule. Le professeur est une sorte de flic assez intelligent au fond, je suis un genre de flic. Je règle la circulation de la parole dans ma classe. Je devrais avoir, je ne dis pas une médaille, non, mais un sifflet autour du cou. (Et une matraque, tiens.) Je suis sans pitié, c'est pour ça qu'on m'aime ! Diou ! Qu'on me paye ! C'est mon boulot de flic de punir. De distribuer des lignes et des heures de retenue, des exercices et des contrôles. De coincer des contraventions sur le front des gosses, pauvres gosses ! Jésus ne peut rien pour eux, pour leurs rides ! Personne absolument n'y peut rien d'ailleurs, c'est pourquoi ils n'aiment point cette vie. Et comme la vie justement n'aime personne, alors ils ont le front soucieux... Assis ! Debout !... Hélas ! Leurs cerveaux sont cuits (micro-ondes) au point qu'ils finissent par conspuer la Beauté – les bêtas ! par rejeter toute forme d'intelligence, de finesse ; ce sont les mêmes inchangés fanatiques imbéciles, en définitive, les mêmes crétins bornés, les mêmes Gaulois clodos prosélytes d'ignorance depuis au moins Clovis qu'ils se reproduisent, et ils appellent cela « La France » ! Ah ! Ah ! Quel pays moisi ! Vraiment ! (Et à présent cet État policier, oh c'est peut-être pas Vichy, mais bon c'est aussi à chier par le nez !) Mais revenons à nos moutons, à nos ânons assis, à nos descendants d'alcooliques anonymes. Il m'arrive très souvent d'infliger deux fois de suite la même leçon à une classe, et d'être le dernier à m'en apercevoir. Mais mes élèves, je suis comme qui dirait leur « prêtresse »... Ils me respectent. Mais ce qu'ils ne savent pas, mes petits chéris, ce qu'ils ignorent tout à fait, même, c'est que la vie n'est pas un jeu d'enfant.
Chaque week-end j'ingurgitais une telle quantité d'alcool hallucinogène que les effets duraient toute la semaine. Mes cours, certes, on pouvait dire qu'ils étaient fantastiques surtout le lundi. Mais c'est loin, mais je me souviens une fois juché sur l'armoire, c'est vrai, avoir dicté un très joli poème en prose d'Aloysius Bertrand à des élèves de cinquième... immobiles, tellement prostrés, tellement silencieux et dociles (il faisait très chaud) que je me suis à un moment demandé s'ils n'étaient pas TOUS MORTS D'UNE CRISE CARDIAQUE... QUELLE PANIQUE ! ou 23 ruptures d'anévrisme ! En une seule dictée ! ça risquait un peu fort d'attirer l'attention sur mes méthodes désorthodoxes ! Quelle suée !... mais DIEU NON MERCI quand j'ai toussoté un grand coup de travers certains d'entre eux ont tressailli : ils étaient bien vivants ! Mais la plupart du temps, évidemment, je leur racontais n'importe quoi ; c'était mieux qu'ils rêvent, que leurs esprits s’évaporent... Oh ! je ne les retenais presque jamais de plonger par la fenêtre, bien au contraire, dans ces moments-là, mes paroles ailées accompagnaient souvent leurs songes !
Longtemps je parlai au plafond au mur d'en face du fond, longtemps je touchai le fond, glissant tous mes propos à l'oreille cyclopéenne du seul tableau noir (palimpseste-&-retable s'il en est), confiant à sa mémoire éclair ET À ELLE SEULE : ma science maternelle, tout mon latin de poche. Les élèves préféraient observer le bout noir olive de mes doigts, mes bijoux, mes tatouages, mes cheveux, les reflets roses sur mon costume de fée... Les élèves bâillaient. Ils regardaient au loin dehors ou bien fermaient les yeux au loin dedans. Mais bientôt la méchante sonnerie faisait assez sèchement cesser l'enchantement.
Dans les jupons des nuages
Six poivrots font des étincelles dans l'impasse, un homme contre cinq et ça s'invective, et ça crie menace au milieu des poubelles – soudain il pleut, miracle ! Le ciel tire la chasse...
Le matin j'enseigne le latin à des bactéries qui répondent aux doux prénoms de : kévin brandon dylan jimmy steeve ; l'après-midi j'achète au prix de l'or un peu de résine au pied de l'immeuble sinistre où leurs familles vivent.
Le soir, la nuit, j'écris.
Sans répit l'orage alterne avec le soleil j'accepte la proposition surgie de nulle part de taper à la machine deux-cents pages d'un machin d'un roman inconnu contre rémunération occulte voilà, il fait beau, il grêle.
The changeling
je suis plus fort que moi, je vais mieux donc : qu'est-ce qui va me tomber sur la gueule ? je vais mieux mais j'ai enfilé ma chemise à l'envers, mais non, je ne veux pas tout recommencer de zéro, je veux continuer de vivre avec
i live downtown
i live all around
mes ganglions, on dirait des tétons, c'est sûrement un cancer des nerfs qui va me tomber sur le coin de la gueule, ouiais c'est ça
i had money, and i had none
il me faut téléphoner à mon patron pour m'excuser pardon je préfère me recoucher, c'est plus urgent... hmm... d'abord un coup d'oeil à mon judas c'est bon : zéro zombie à l'horizon
that i couldn't leave town
baah je bâille je dors debout assis debout toute la journée mais jamais dans mon lit, jamais la nuit putain il pleut sur mes papiers gris. j'ai envie de chier. je ferme la fenêtre.
i'm a changeling, see me change
i'm a changeling, see me change...
ajoutez-y-moi, à la liste de vos amis, allez-y, je ne bougerai pas le petit doigt ! c’est vrai, pourquoi j'irais me faire de nouveaux amis à décevoir ? pas besoin d'ajouter de la surface à la peine humaine, pas la peine.
i'm a changeling, see me change
i'm a changeling, see me change...
charlie parker descendit demander au concierge de l'hôtel qu'on vienne éteindre l'incendie qu'il avait à déclarer dans sa chambre mais le concierge ne le prit pas au sérieux, hi hi, mais il ne le prit pas une seule seconde au sérieux tout simplement parce que cet homme qui ressemblait à une baleine échouée dans le hall d'entrée... était entièrement nu.
charlie parker demande qu'on le sauve, puis se sauve... ensuite, on voit un Noir courir longuement dans le désert à reculons.
Immeuble sous vide
... o surveillance
telles sont les treize lettres autocollantes par moi décollées une à une en plein jour sous l'oeil de bronze de la caméra aux cils reliés au commissariat de notre quartier
qu'est-ce qu'il reste à présent, hein, sur la porte d'entrée de notre immeuble ? c'est moi, Ulysse, qui vous le demande ! bah il reste trois mots, les trois mots suivants : immeuble sous vide
ô Surveillance, puisque c'est comme ça que tu t'appelles ! je me suis échappé sous le ventre rond du bélier en chef... j'ai même pas eu à défoncer la porte de ta grotte !
ô Surveillance, tu peux me rechercher, vas-y, tu peux même appeler tes copines des supermarchés si tu veux : personne viendra t'aider, sotte !
ô Surveillance, puisque c'est comme ça que tu t'appelles ! je t'invoque, et j'entends que tu me répondes : as-tu deviné mon identité ?
allez savoir pourquoi j'ai préféré mordre à l'hameçon d'un autre putain ça lui a pas plu au premier « pêcheur » le bâtard... putain de fourgue alcoolique inconnu au bataillon, frais sorti de prison ? j'ai fait une petite erreur putain ça lui a pas plu du tout il m'a couru après cet enculé d'aboyeur pour me dévorer (casser la gueule) il avait une bière à la main (sa canne à pêche ?) le fils de sa mère le fils de
wouffffffffffffff
l'échappée belle dans le parking souterrain de l'hypermarché C. comme Connard j'ai failli me faire dégommer sur la place publique quand Monsieur Connard a glissé dans l'escalier, j'ai pu m'arrêter de courir, souffler... tout le monde nous observait quand il a gueulé : « Si je te retrouve BÂTARD je te plante ! » et tout le monde m'a vu, et tout le monde l'a entendu ! et puis comme si c'était pas assez suffisant, tous ces gens, putain, je les connaissais ! je les connais ! TOUS !
wouuuuuuuuuffff
la frousse la peur de l'année LA PEUR PANIQUE !... Hein, si l'on veut être sauvé, quel remède ?... j'ai pris mes jambes à mon cou j'ai couru jusqu'à la maison – jusqu'ici – écrire ce poème... l'enculé, il fallait qu'il me le paye ! et on peut dire qu’il me le paye ouiais je suis vivant JE SUIS VIVANT ET GRÂCE À CE POÈME, J'AI RAISON DE MA FROUSSE !
A. un peintre à la tête d'hectares minuscules très émouvants, c'est mon grand-frère depuis la nuit où Bob Rauschenberg est mort pour lui j'écris ce poème au fond d'une bouteille il me répond « merde » mais je lis « merci » ou l'inverse.
Si c'est pas l'un, c'est l'autre. soit il est trop exotique (c’est sa bienveillance introvertie d’excentrique), vraiment incomparable ; soit, alors, il est comparable à l'acteur Sean Penn lisant les Essais de Montaigne à cent quatre-vingt détenus noirs américains.
S. photographie la dernière mésange du jardin. son chat et celui du voisin la mangent.
Quand il adopte un hérisson, ça les démange.
I comme l'Improvisation dénoue me délie de l'angoisse (me délivre ou me guérit de vivre) jusqu'à oublier l'emplacement précis de ma tombe.
La chair est notre instrument ému de musique son cœur pur est mon aliment avec elle je ressuscite, ressuscitons la créature hermaphrodite de Platon
Les mains luisantes de graisse, les ongles noirs, les yeux piqués de larmes, crucifié à mon canapé, j'ai passé les trois-quarts de l'après-midi du quatorze mai dernier à écouter les chansons d'amour sanglantes de Trent Reznor. Cet homme a une bombe atomique à la place du cœur.
Le jour où tous les êtres humains de la planète comprendront que leurs propres enfants nourrissent l'hydre de l'exploitation de l'homme-loup par l'homme-loup viendra-t-il ?... En attendant, on peut toujours imaginer la transmission directe, par le dollar, d'ébolas foudroyants.
« Non seulement je crois les voir partout, mais je les vois partout » et : « Plus nos regards se croisent, plus ils se creusent »... Voilà au fond ce que chacun se dit au train fantôme où vont les choses...
De Saint-Malo
J'ai attenté à l'honneur de presque tous mes amis, et puis je suis parti voir la mer.
Notre chambre d'hôtel plonge dans la Manche ; les mouettes, dans ma direction. Je n'ai plus qu'à décrire tout ce que je vois de ma fenêtre en pensant à Colette.
Je recherche les têtes d'épingles des nageurs les plus téméraires pour leur enfoncer la tête sous l'eau... certains en réchappent ! Quand j'ai noyé deux ou trois personnes, je retourne me pêcher une bière fraîche dans le lavabo.
Aujourd'hui j'attends un accident de la circulation des mouettes, une collision ailée.
Tout le monde est parti, part et/ou partira d'ici. Pas seulement Jacques Cartier, pas seulement Pantagruel.
La moitié des habitants de l'île Jersey porte le nom Surcouf ; l'autre moitié n'a que sa gueule à fermer... Et sur l'île Guernesey voisine, hi hi, tout le monde s'appelle-t-il Hugo ? ho ho ! James Cook, au fait, de quelle ville est-il parti lui se faire cuisiner à l'autre bout du monde ? héé
Par la fenêtre du car, c'est une parade à 60 km/h.
Des cygnes noirs à becs vermillons. Des forêts tapissées de gazon anglais, hautes futaies rasées de près – spacieuses comme des hypermarchés.
Au milieu d'hectares, nous arrivons. Touristes de tous les pays du monde fourrés dans la gueule du dragon, jetés ou offerts aux hauts-fourneaux du Mont Saint-Michel, nous nous engouffrons. Au rythme étouffé d'une grosse caisse, bientôt, nous gravissons l'escalier. De chaque côté de la ruelle : des piles de bols bleu et blanc, des colonnes de bols, des tonnes de bols « kévin » !...
S'il doit pleuvoir : qu'il pleuve ! Nous déjeunerons sous la pluie. Terrasse. Des larbins, j'observe le conciliabule par-dessus son épaule. Arrive d'Avranches une averse ? Je n'en souffle mot. C'est beau. Ce doit être beau de gober des moules sous l'eau.
Rien ne m'est odieux comme le parfum de la propreté humaine. Ainsi niché au sommet chauve des rochers, j'en suis débarrassé... Cependant ! je ne suis pas monté si haut pour contempler le paysage, mais le fond de ma pensée !
Je colle mon museau au museau vert de la mer.
Je cours après mon poème, après ce que je crois être mon poème, il s'est envolé on dirait un chien après un chat après un rat : je suis le chien ; le vent, c'est le chat ; le rat, c'est le poème. Je le rattrape enfin boaf ce n'était que la note (salée) du restaurant. Ai glissé. Me suis « lavé » les bras, la nuque dans l'eau trouble de la vase, puis « débarbouillé » au creux d'une trace de pas.
Manger assis, seul, à poil face à un grand miroir : telle est ma conception de la convivialité. Pendant ce temps, à la radio, les... comment disent-ils ? « incidents » nucléaires se multiplient un peu partout dans le pays. Je retourne me pêcher une bière.
On ne parle pas assez des pauses, je trouve, des plages d'immobilité de l'eau. Parfois la mer ne remue plus le moindre petit doigt, si un navire lui laboure les côtes, sa « plaie » se referme aussitôt.
Des deux pommes sur la table. Je mange celle qui est pourrie, comme ça, on ne l'y verra plus.
Strideur – J'entends un sifflement strident irrégulier dehors : un mec à abattre ou bien un drôle d'oiseau. L'air du large lasse, délasse ? Je ne sais plus très bien. Si j'en crois mon radio-réveil, il est 19h83.
Elle allume ses cigarettes à contre-temps. À chacune de ses remarques concernant le paysage, je pourrais écrire un poème. À chacune de ses remarques, d'ailleurs, j'écris un poème. D'elle, je m'amuse à prendre des photos immatérielles. Et de moi aussi. Dans le miroir de ses lunettes noires.
Sur la plage du Fort National, je repense à cet enfant de six ans qui imite si bien la Tête-de-Mort des pirates : grimace et bras tendus en V, poings et yeux grand-fermés... Diable pourquoi faut-il que le fond de l'étendard pirate soye noir ? Je le vois bleu ciel !
On devine que la mer commence à remonter à la façon soudaine, très méchante, qu'ont les vagues d'agresser les chevilles des touristes – qui sursautent... Sur le bout de la langue de la petite fille, l'après-midi a un drôle de goût soudain de sel chaud. On dirait un goût de chair, berk ! de crabe pourrie et de sable (c'est)...
Bières, gruyère, pâté sous-henaff, pain tranché industriel, une tomate, deux carrés de chocolat noir. On pique-nique dans notre chambre. Sur le lit. On a vendu un livre érotique pour pouvoir acheter des bières. On se pavane. On est comme deux rock stars, sauf qu'on ne fait pas de rock. Et qu'on n'est pas des stars non plus encor, c’est vrai.
J'allais attraper une angine et un coup de soleil. J'allais me moucher dans une serviette lustrante. J'allais mettre en pièces la machine à savon liquide... A chaque fois elle est intervenue pour sauver la vie de quelqu'un ou de quelque chose.
Les îlots, au gré de la marée, tantôt ils s'éloignent, tantôt ils se rapprochent. Ici le ciel est plus vaste qu'ailleurs et les chambres d'hôtel, plus petites. Et puis comme notre lit il pousse des petits couinements humains, bah nous allons dormir à trois.
Aux balises clignotantes, aux lanternes rouges, oranges, vertes, blanches, aux flashs des phares dans la nuit, aux éclairs... j'ajoute un peu de ma lumière – le bout intermittent de mon incohérente cigarette.